Libre-R et associés : Stéphanie - Plaisir de lire

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S.G. Browne : Comment j'ai cuisiné mon père, ma mère et retrouvé l'amour

Comment j'ai cuisiné mon père, ma mère et retrouvé l'amour  de S.G. Browne  3,5/5 (14-10-2014)

 

Comment j'ai cuisiné mon père, ma mère et retrouvé l'amour  (378 pages) est sorti en mai 2013 aux Editions Mirobole. Sa version poche est parue le 28 août 2014 aux Editions Folio, sans la collection SF (389 pages) – Traductrice : Laura Derajinski

 

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L'histoire (éditeur) :

 

Il n’est jamais agréable de se réveiller sur le sol de la cuisine, baignant dans une mare de glace à la fraise fondue et entouré de plusieurs bouteilles de vin… vides, évidemment. Le trou noir dans mes souvenirs n’est pas, non plus, quelque chose de très réjouissant. Qu’ai-je bien pu faire pour en arriver là? Et pourquoi ai-je vidé le congélateur de son contenu? Le mieux est encore d’aller voir par moi-même… 
Après vérification, c’est finalement assez logique : pour y ranger les corps de mes parents. Bien… Il va falloir que je me remémore deux ou trois choses, mais par où commencer? Peut-être par la façon dont je suis devenu un zombie?

 

Mon avis :

 

Très emballée à l’idée de lire un nouveau livre de zombies, encore plus avec son titre accrocheur et avec le retour enthousiasmé de ma grande copine Emy, j’ai sauté sur ce partenariat, proposé par les Editions Folio, que je remercie infiniment.

 

L’histoire commence de façon assez  forte. Andy, le narrateur, se réveille et retrouve ses parents découpé et casés dans le frigidaire…

« Peut-être que rien, de tout ça ne se serait produit s’il avait pris le temps de comprendre ce que je traversais au lieu de me traiter comme un paria.

Ou peut-être que je me fais des films.

Peut-être que tout ce qui est arrivé entre l’accident et aujourd’hui était inévitable. » Page 15 de la version poche Folio

Et nous voilà ensuite transporté dans la vie d’Andy deux mois avant cette découverte, à essayer de comprendre ce qui a pu amener à cet « accident ».

 

A partir de là, l’idée que je me faisais du livre a radicalement changé. Le ton reste le même (drôle, décalé et un poil sardonique) mais le zombie n’a ici plus rien à voir avec ce que la littérature ou le ciné nous ont habitué. Bon, effectivement, se réveiller après une mort (violente, en plus) n’a rien de particulièrement glamour (encore plus quand le corps continue lentement sa décomposition). Mais Andy, mort dans un violent accident de voiture (dans lequel sa femme Rachel est décédée) et réveillé deux jours plus tard (après avoir été embaumé, limitant sa putréfaction et lui permettant de garder un peu de dignité), a gardé sa conscience, des sentiments et de la considération. Il fait aussi son maximum pour rester présentable (consommation de formol via les produits de beauté, le cola…, et il se maquille).  En outre, la société actuelle tolère sa présence (de façon très encadrée tout de même) même si elle ne supporte ni de le voir, ni de le sentir et ne se gêne pas pour le lui faire comprendre. Lui, tout comme la petite minorité de zombies, n'est plus considéré comme rien (ni morts et encore moins vivants). La vision classique du zombie persécuteur, la chair franche dégoulinante des babines, prêt à tout pour vous dévorer, vole en éclat. Les mort-vivants deviennent les persécutés et l’auteur exploite cette idée jusqu’au bout.

 

La surprise des premières pages passée, j’ai trouvé l’intrigue un peu longue. Même si l’humour pince-sans-rire est très appréciable, la première moitié du roman est trop répétitive à mon goût. Certains événements viennent pimenter l’intrigue presque normale (son amour naissant avec Rita, une jolie suicidée, sa rencontre avec Ray Cooper, mort dans un « accident » de chasse) mais le quotidien m’a vite lassée. J’avais aussi besoin de cannibalisme, de retrouver le zombie tel que George A. Romero l’a immortalisé à l’écran . 

Heureusement, S. G. Brown finit par retourner aux sources et ma déception par s’envoler. Parce qu’après avoir parcouru ces deux mois de retour parmi « les respirants », on retrouve Andy au point de départ (ses parents dans le frigo) avec en plus la découverte des pouvoir de guérison de la viande humaine. Ne vous attendez pas pour autant à le voir se transformer en bête assoiffé de chair humaine, c’est un Andy transformé effectivement mais en jeune homme presque ordinaire, qui s’adonne désormais aux barbecues entre amis et aux petits plats mijotés. Et, à partir de ce moment mon engouement a été croissant.

 

Si Comment j'ai cuisiné mon père, ma mère et retrouvé l'amour  m’a donné l’étrange sensation de tourner en rond au début, ça s’est bien arrangé et le roman est vite devenu super plaisant. En vérité je me suis attaché à Andy (l’utilisation de la premier personne donne une très bonne implication dans sa mort-vie) et je me lassais de ne plus vraiment voir d’évolution dans son quotidien. Alors quand il a fini par se « réveiller », j’ai pris beaucoup plus de plaisir à le suivre et j’ai tout bonnement beaucoup apprécié ma lecture. Le style de l’auteur est dynamique, fadé de drôlerie et de légèreté. Il mélange le ridicule, la réflexion, la violence et la tendresse avec équilibre.

Certaines situations sont très comiques (même si elles deviennent toutefois un peu tristes à mesure que l’on s’attache à Andy et à sa bande de copains). Ridicules, elles donnent un nouveau souffle à la littérature zombies et  Comment j'ai cuisiné mon père, ma mère et retrouvé l'amour  devient extrêmement cynique. L’auteur pousse à fond sa vision du mythe zombie en créant une Histoire, des codes, des lois, enrichissant plutôt bien son histoire. De plus, entre les réunions de MVA (Morts Vivants Anonyme), les minorités persécutées, rejetés et l’exubérante intolérance (l’absence de droits, les violences gratuites), S. G. Brown offre une belle satire sociale.

 

En bref : une comédie dramatique à essayer, même quand on est loin  d’être fan de zombies. Pour les fans, Comment j'ai cuisiné mon père, ma mère et retrouvé l'amour  est une lecture amusante qui réinvente la culture zombie.

 

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« C’est une histoire classique de souffrance te de rédemption. Un peu comme La Couleur pourpre ou le nouveau testament.

 Mais avec quelques scènes de cannibalisme. » Page 343

 

« Si vous n’avez jamais été démembré, projeté contre un pare-brise ou abandonné à vous décomposer jusqu’à ressembler à du consommé de poulet, alors vous ne pouvez pas comprendre. » Page 389

 

La suite ici

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16/10/2014
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