Libre-R et associés : Stéphanie - Plaisir de lire

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Han Kang : Leçons de grec

Leçons de grec  de Han  Kang  3/5 (26-07-2017)

 

Leçons de grec  (185 pages) est sorti le 17 août 2017 aux Editions Le Serpent à plumes (traduction : Jeong Eun-Jin et Jacques Batilliot)

 

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L’histoire (éditeur) :

 

Leçons de grec est le roman de la grâce retrouvée. Au cœur du livre, une femme et un homme. Elle a perdu sa voix, lui perd peu à peu la vue. Les blessures de ces personnages s’enracinent dans leur jeunesse et les ont coupés du monde. À la faveur d'un incident, ils se rapprochent et, lentement, retrouvent le goût d'aller vers l'autre, le goût de communiquer. Plus loin que la résilience, une ode magnifique à la reconstruction des êtres par la plus célèbre des romancières coréennes, Han Kang.

 

Mon avis :

 

Je ne suis pas habituée à la lecture asiatique et j’ai voulu m’essayer avec la sortie du dernier titre de han Kang, dont la quatrième de couverture m’a interpellée.

 

Il est ici question de deux personnages.

Une femme, mère d’un petit garçon de 9 ans, dont elle perdu la garde, ancienne prof de littérature et membre fondateur d’une revue culturelle, qui a perdu l’usage de la parole.  C’est une femme intelligente qui, à quatre an a commencé à s’initier au coréen et a toujours été passionné par les mots, leurs sons et leurs associations. Alors que le mal qu’elle avait connu déjà plus jeune, est revenu, elle choisit de prendre des cours privés de grec ancien.

 « La chose avait fini pat se produire un hiver, alors qu’elle venait d’avoir dix-sept ans. Les paroles qui l’enfermaient et la piquaient comme un habit tissé de milliers d’aiguilles avaient soudain disparu. Elle les entendait de ses deux oreilles, mais un silence semblable à une couche de brume épaisse et dense faisait un bouchon quelque part entre celles-ci et le cerveau. Le souvenir de la langue et des lèvres qui servaient à les prononcer tout comme celui de la main tenant un crayon étaient devenus impalpables, enveloppé qu’il était dans ce silence cotonneux. » Page 16

« A présent les mots ont quitté son corps.

Les mots, les phrases se sont détachés de son corps, ainsi que les âmes errantes, ils la suivent à une distance où ils restent à peine audibles.

Du fait de cet intervalle, les sentiments trop faibles ne tardent pas à se dissocier, semblables à des morceaux de Scotch mal collés. » Page 67

 

Un homme, atteint de cécité visuelles depuis vingt ans, aujourd’hui proche de la quarantaine, il sait que les années sont comptées avant qu’il ne soit complètement aveugle. Diplômé de philosophie du grec antique, il a choisi de retourner vivre à Séoul il y a six ans (pays qu’il a quitté a quinze ans pour retrouver l’Allemagne, le pays de sa mère) et est désormais professeur de grec.

« Je porte des lunettes dont la correction est maximale, mais je ne distingue que les grandes masses. Les formes et les mouvements ne sont que des ébauches et des détails me sont perceptibles qua grâce à la force de l’imagination. Page 38

« Bientôt, je ne pourrai plus distinguer mes traits des autres choses reflétées dans le miroir.

Les visages dont je me souviens vont tous se figer dans ma mémoire. » Page 123

 

Ces deux personnages (dissimulant chacun le mal qui les emprisonne) vont donc se croiser par le bais de ces leçons de grec et vont finalement finir par se rapprocher à la suite d’un accident… 

 

Han Kang possède vraiment une très belle écriture et associe les mots pour nous livrer des phrases, des paragraphes et des pages lourdes de sens, poignantes, douces et pleines de sensibilité. On a parfois l’impression de lire de la poésie tant les descriptions sont évocatrices.

 

« Si la neige est un silence qui descend du ciel, la pluie est peut-être de phrases interminables qui en tombent.

Des mots tombent sur les trottoirs, sur les terrasses des immeubles en béton, sur les flaques d’eau noires. Ils giclent.

Les mots de la langue maternelle enveloppés dans des gouttes de pluie noires.

Les traits tantôt ronds, tantôt droits, les points qui sont restés un bref moment.

Les virgules et les point d’interrogations qui se courbent. » Page 170

 

 

Au fils de la narration, se dessinent l’histoire de cet homme et de cette femme, soulevant leurs failles, leurs blessures et la tristesse de leur cœur, leurs solitudes et leurs peurs. Ce sont des personnages touchants, mais l’écriture parfois trop contemplative et la lenteur (presque insupportable parfois) ne m’ont pas permise une véritable implication dans leurs histoires. En effet, même s’il y a beaucoup de finesse dans le style, le récit qui m’a un peu laissée indifférente et dont je n’ai pas réussi à me laisser gagner par un vrai et vif intérêt.

Leçons de grec est un texte que j’ai surtout apprécié pour la forme que par le fond, même su les dernières lignes m’ont provoqué un certain réconfort et m’ont convaincu que tout ceci n’était pas vain.

 

En bref : je reste peut-être sur une sensation mitigée (sur la manière d’aborder les choses notamment), mais je relève surtout un style plein de sensibilité, presque onirique qui plaira à beaucoup d’amateurs.

 



05/09/2017
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