Libre-R et associés : Stéphanie - Plaisir de lire

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Charline Quarré : Pas ce soir

Pas ce soir de Charline Quarré  5/5 (18-10-2012)

 

 Pas ce soir (130 pages), deuxième roman de Charline Quarré, est publié aux Editions Baudelaire le 24 juillet 2012. Vous pouvez suivre l'actualité du livre sur la page Facebook.

  

 

L’histoire (éditeur) :

 

C'est une soirée mondaine parisienne.
Un petit monde où mensonges, manipulations et ragots provoquent parfois des dérapages incontrôlés.
Où les faiblesses des uns font la gloire des autres.
C'est une soirée qui réveille les souvenirs endormis d'Eugénie, jeune femme odieuse et misanthrope.
C'est l'histoire de ce que l'on découvre derrière le plus efficace des cache-misère, l'arrogance.

 

Mon avis :

 

Oh que cette lecture était belle, simple, effrayante, triste et troublante ! J’en redemanderais plus. 

 

Charline Quarré a un immense talent qu’il faut absolument que vous découvriez. Son écriture est super fluide, directe et sans concession. La narratrice (l’auteure ?), plus que sarcastique, alterne les événements de sa soirée et ses souvenirs de presque  27 ans de vide.

 

Eugénie est une jeune parisienne de 26 ans qui se rend, à contre cœur, pour rassurer sa mère, parce que ça fait un an qu’elle ne sort plus, chez Charles. Ce vieil ami (et amoureux) organise une de ces soirées de bourgeois parisiens où l’on se montre, boit, se drogue et juge sans vergogne. Un petit monde sans pitié où l’apparence compte plus que la vérité. Eugénie, loin du moule caricaturale de la jeunesse mondaine parisienne, si mal dans sa peau, dans sa vie et tellement triste, sera-elle capable d’affronter tout ça ?

 

« J’ai les sentiments délavés. Je suis un zombie maquillé en fille presque normale. Je regarde cette fille humaine devant moi, avec sa vraie réaction de vrai être humain face à la mort. Elle se tord les mains, elle se pince les lèvres, elle aussi elle fronce les sourcils sauf qu’elle c’est juste à cause de la mort. Moi c’est tout le temps. C’est tout le temps mort partout pour moi. Moi je suis tout le temps morte. J’ai plus rien à l’intérieur. » page 27


Depuis toujours exclue de tout groupe, envoyé à 18 ans par sa mère faire la tournée des psy et devenue accro au Prozac, Deroxat, Lexomil, Stilnox et autres douceurs délicieusement prescrites (à tort) pendant 4 ans,  simple présence pour son père qui ne la comprend pas, ni même ne l’entend, Eugénie doit vivre avec les disparitions qui accablent son quotidien. De son frère, de Julien et d’autres encore. Ce Julien d’ailleurs dont personne ne semblait vraiment se soucier depuis un an, devient ce soir un sujet de conversation  sans cesse rappelant à Eugénie combien elle est seule. Et pour se protéger, elle se crée une carapace de (GROS) mensonges, qui finissent par la rattraper peu à peu, craquelant sa fine protection contre la réalité.

 

« On naît peut être solitaire comme on naîtrait roux ou brun, sauf qu’il n’y a pas de teinture pour la solitude. J’arrive un peu à l’habiller avec des amis. Enfin, avec Charles. J’avais un autre ami avant, il s’appelait Fred, mais il s’est jeté d’un pont il y a deux ans. Ça fait deux amis moins un. Je suis presque normale. » page 32


Eugénie m’a tellement touchée par sa tristesse et son mal être. (Trop) facilement reconnue en elle, j’ai souvent crains pour elle. Elle a beau être une fille à papa, qui aurait tout pour être heureuse, rien n’y fait, elle est seule et perdue. Devant toute la méchanceté de ceux qui l’entourent et l’évocation de ses souvenirs, j’ai appréhendé qu’elle ne trouve sa vie trop difficile et y mette fin. Pas ce soir ?...

 

Pas ce soir est un récit assez sombre, très critique mais d’une grande sensibilité, beau et touchant. Et puis à côté de ça, il y a le ton ironique qui m’a fait souvent sourire, et l’écriture « orale » tantôt légèreté tantôt super cinglante.

Je suis tombée sous le charme de la plume de Charline Quarré et n’ai qu’un regret, que la lecture ait été aussi courte.

 

 

 « L’excuse du pyjama n’a pas marché. C’est ma réponse à tout, le pyjama. Ça fonctionne plutôt bien d’habitude. Mon pyjama me protège de tout ce que je n’ai pas envie de faire. Non, je ne peux pas descendre, oui, je sais que tu es en bas, mais je suis en pyjama. Je peux pas aller travailler, je suis en pyjama. Je t’emmerde, je suis en pyjama. Je pouvais pas t’appeler, j’étais en pyjama. Non j’aime rien, j’ai envie de rien, je suis en pyjama. » page 8

 

Merci aux Editions Baudelaire et à Sophie Herisson pour ce magnifique partenariat.

 

 

 



20/10/2012
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