Libre-R et associés : Stéphanie - Plaisir de lire

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Alain Mabanckou : Black Bazar

Black Bazar d’Alain Mabanckou            4/5   (10-04-2012)


Black Bazar (246 pages) est paru aux Editions du Seuil le 8 janvier 2009 dans la collection Cadre Rouge. La version poche (264 pages) est disponible chez les Editions Points depuis le 4 février 2010.

Je remercie les Editions France Loisirs, qui ont eu la gentillesse de me faire découvrir l’auteur, d’abord avec Mémoires de porc-épic puis avec ce titre.

 

  

 


L’histoire (éditeur) :


Parce que le derrière des femmes n'a pas de secrets pour lui, ses copains le surnomment le "fessologue". Au Jip's, le bar où il a ses habitudes, plus rien n'amuse ce dandy congolais, déprimé par un chagrin d'amour. Un jour, déambulant dans Paris, sa curiosité est attisée par une librairie bondée. Il y croisera Jean-Philippe, un écrivain haïtien venu signer ses livres, et qui va bouleverser sa vie...


Mon avis :


Si vous souhaiter vous détendre avec un livre drôle, vivant, dépaysant et riche en personnages burlesques, alors jetez-vous sur Black Bazar.

 

Mabanckou, conteur de talent, donne la parole à « Fessologue », un africain, installé à Paris depuis 15 ans, habitué du « Jap's » et membre de la « SAPE ». Le narrateur vient de se faire quitter par sa femme pour un joueur de tam-tam, et il tente de surmonter sa rancœur en écrivant un livre. Son récit nous entraine dans son petit monde. Anecdotes, souvenirs et brèves de comptoirs, sont autant de prétextes à mettre en scène une galerie de personnages hauts en couleurs, drôles et parfois pathétiques.

Avec le protagoniste, l’auteur dresse un portrait cocasse et vrai du quartier parisien de Château-Rouge et d’une communauté africano-parisienne prise entre deux cultures (entre origines et intégration).

 

La première qualité de Black Bazar est l’humour. Mabanckou mélange habilement légèreté et lucidité. J’ai beaucoup aimé son style cocasse et son ironie omniprésente. Les néologismes et les surnoms sont l’occasion de faire rire autant que les situations pleines de quiproquos (page 48, Fessologue, membre de la SAPE -société des ambianceurs et des personnes élégantes- est pris pour un agent de la RATP  en pleine grève des transports).


L’auteur nous invite à vivre dans la communauté africaine des quartiers nord de Paris en compagnie de ce « Fessologue ». Ses amis, connaissances et même simplement ses rencontres sont présentés de façon très caricaturale. Chacun est désigné par un trait caractéristique : couleur de peau (Couleur d'origine), origine (Yves l'ivoirien tout court), profession (l’arabe du coin) ou talent (fessologue, qui arrive à déchiffrer la personnalité des femmes via leur derrière).

 

L’écriture est originale, spontanée, rythmée et dynamique. Black Bazar a le mérite de nous faire rentrer très rapidement dans l’univers de son narrateur. La narration orale très crédible donne un texte vivant, vif et surtout plein d’humour. A travers des anecdotes, des idées reçues et des situations devenues banales Mabanckou donne à réfléchir sur les préjugés, l’immigration, la colonisation et le racisme qui n’est ici pas forcément lié à la couleur (l’Antillais, Monsieur Hippocrate qui ne supporte pas les noirs).

 

L’auteur s’amuse à dénoncer de nombreux clichés associés à certaines populations et Black Bazar devient une satire du communautarisme. Aucune leçons ni critique mais, sous les airs naïfs du narrateur, Alain Mabanckou utilise à merveille l’autodérision et le second degré pour nous livrer aussi sa vision du peuple Africain (colonisation, conflits, dictature…). L’auteur n’est certes pas toujours tendre mais reste toujours drôle. Une belle façon de dire les choses : tourner en ridicule pour faire rire et réfléchir sans animosité.

 

 

 

 

 

 



15/04/2012
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