Libre-R et associés : Stéphanie - Plaisir de lire

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Sylvain Tesson : Dans les forêts de Sibérie

Dans les forêts de Sibérie de Sylvain Tesson    2/5 (30-03-2012) 

 

Dans les forêts de Sibérie (267 pages) est disponible depuis le 1er septembre 2011 dans la collection Blanche des Editions Gallimard et depuis le 2 avril chez France Loisirs, que je tiens à remercier pour l’envoie de ce livre.

 

  

 

L’histoire (éditeur) :

 

Assez tôt, j'ai compris que je n'allais pas pouvoir faire grand-chose pour changer le monde. Je me suis alors promis de m'installer quelque temps, seul, dans une cabane. Dans les forêts de Sibérie.
J'ai acquis une isba de bois, loin de tout, sur les bords du lac Baïkal.
Là, pendant six mois, à cinq jours de marche du premier village, perdu dans une nature démesurée, j'ai tâché d'être heureux. Je crois y être parvenu.

Deux chiens, un poêle à bois, une fenêtre ouverte sur un lac suffisent à la vie.

Et si la liberté consistait à posséder le temps ?

Et si le bonheur revenait à disposer de solitude, d'espace et de silence – toutes choses dont manqueront les générations futures ?

Tant qu'il y aura des cabanes au fond des bois, rien ne sera tout à fait perdu.

 

Mon avis :

 

A la réception de ce livre, j’ai tout de suite pensé au bon Sukkwan Island de David Vann. Chouette ! Et puis la mention « essai » sur la jaquette, mettant en avant le prix Médicis 2011, m’a bien refroidi. Je n’avais pas vraiment envie de ce genre de lecture à ce moment. Il y a finalement du bon comme du moins bon dans ce livre dont j’ai pris un certain plaisir à lire.

 

« Pour parvenir au sentiment de liberté intérieure, il faut de l’espace à profusion et de la solitude. Il faut ajouter la maitrise du temps, le silence total, l’âpreté de la vie et le côtoiement de la splendeur géographie. L’équation de ces conquêtes mène en cabane » page 94

« Les livres sont plus secourables que la psychanalyse. Ils disent tout, mieux que la vie. Dans une cabane, mêlés à la solitude, ils forment un cocktail lytique parfait » page 226

 

Poussé par un fort désir d’isolement (et de lecture), Sylvain Tesson a passé 6 mois seul dans une cabane sur les bords du lac Baïkal en Sibérie. Dans les forêts de Sibérie se présente comme le journal de bord (avec même des dessins en introduction) de son expérience hors du commun. Il se compose de 6 parties (une pour chaque mois), dans lequel l’auteur y dépose ses idées, ses confessions et ses visions au sens propres (sur la nature et tous ce qui l’entoure) comme au sens figuré (sur le monde actuel). De février à juillet 2010, Sylvain Tesson égrène son récit au rythme des jours.

 

Sa plume est poétique et délicate. Son écriture est très riche et le vocabulaire assez soutenu (le dictionnaire est parfois nécessaire) mais reste accessible. J’ai aimé la construction en journal de bord, les phrases courtes, les maximes, le vocabulaire riche et surtout les références et extraits de ses lectures.  Sylvain Tesson, qui a emporté une soixantaine de livres, n’hésite pas à nous faire part de ses lectures au fil du texte. Le récit  est sans cesse ponctué de citations littéraires, références historiques, politiques, philosophiques, religieuses, économiques qui le rendent intéressant. Le tout avec un certain détachement, allant même parfois jusqu’à des réflexions pleines d’humour.

 

« J’avale un litre de thé brulant. Le banya, luxe absolu. Je suis un homme nouveau. Qu’on me donne une pelle et un foulard rouge, je bâtirai le socialisme » page 47

« « Moins on parle et plus on vivra vieux », dit Youri. Je ne sais pourquoi mais je pense soudain à Jean-François Copé. Lui dire qu’il est en danger. » page 71

 

Ce roman nous donne l’occasion de partager les hauts et les bas de l’écrivain et  de vivre son quotidien où il n’y a pas grand-chose à faire à part regarder le changement des saisons, réfléchir sur le temps qui passe, observer la vie. Sylvain Tesson a su trouvé un bon compromis entre descriptions et récits personnels pour faire de Dans les forêts de Sibérie un hymne à l’isolement et aux plaisirs simples. On perçoit le bonheur de l’auteur à la contemplation et surtout le plaisir de s’être éloigné du bruit, du superflu, de la foule. Un texte qui nous rappelle à l’essentiel : la nature, la maitrise du temps et la simplicité des sentiments.

 

« C’est fous ce que l’homme accapare l’attention de l’homme. La présence des autres affadit le monde. La solitude est cette conquête qui vous rend jouissance des choses » page 36

 « Le malheur détache les amarres. Le bonheur est une entrave à la sérénité. Heureux, j’avais peur de ne plus l’être » page 232

 

Le froid, la beauté, la solitude, le silence sont magnifiquement décrits. Ce roman est un vrai dépaysement. On assiste aux préparatifs du voyage et on se laisse embarquer avec Sylvain Tesson pour les forêts de Sibérie, à la rencontre du lac Baïkal. Des petites rencontres avec les habitants  et surtout une grande rencontre avec le paysage Sibérien. Avec  l’utilisation de métaphores, l’auteur nous expose sa vision de ce qui l’entoure à la manière d’un peintre. Le lecteur est saisi autant par la rudesse du climat que par la beauté des lieux.

 

« La cabane fume dans son bosquet de cèdres. La neige  a meringué le toit, les poutres ont une couleur de pain d’épice. J’ai faim »page 26

 « La timidité de la nature prélude à son triomphe. » page 174

« Plus tard, une lune saumon remonte le courant de la nuit pour aller pondre dans un berceau de nuages son œuf unique et monstrueux. En termes plus simples, elle est pleine et sanglante. » page 233

« Le printemps, levée d’écrou de l’eau.

La cascade est libérée.

Le débit s’échappe par le minuscule goulet qui coiffe la paroi des cinquante mètres. »page 244

 

 

Un fois passé le fait qu’il s’agit effectivement d’un livre très bien écrit, j’ai souvent eu l’impression que l’auteur avait abusé de certaines drogues euphorisantes pour nous livrer autant de descriptions et surtout de réflexions sur le bonheur de la solitude. Bon effectivement il boit autant qu’il lit, ce qui doit jouer sur sa perception des choses, mais il en devient aussi isolé physiquement que psychologiquement. Aucun regret, pas ou peu de pensées pour ses proches, pas de tendresse envers sa famille (notamment en ce qui concerne l’accouchement de sa sœur). A croire que personne ne semble lui manquer. Quant aux quelques rencontres qu’il peut faire ou visites qu’il reçoit, il en vient à ressentir un agacement dans sa tranquillité dérangée, où il ne se passe pas grand-chose, d’ailleurs…

 

L'expérience de l'ermitage en vidéo

 

 



04/04/2012
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