Libre-R et associés : Stéphanie - Plaisir de lire

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Sorj Chalandon et Pierre Alary : Retour à Killybegs

Retour à Killybegs de Sorj Chalandon (auteur) et Pierre Alary (illustrateur et scénariste)  5/5 (20-03-2019)

 

Retour à Killybegs (162 pages) est sorti le 13 février 2019 aux Editions Rue de Sèvres.

 

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L’histoire (éditeur) :

 

Tyrone Meehan figure mythique de l'IRA et traître à la cause nationaliste irlandaise pendant une vingtaine d'années a été dénoncé par les Anglais. "Maintenant que tout est découvert, ils vont parler à ma place. L'IRA, les Britanniques, ma famille, mes proches, des journalistes que je n'ai même jamais rencontrés. Certains oseront vous expliquer pourquoi et comment j'en suis venu à trahir. Des livres seront peut-être écrits sur moi, et j'enrage. N'écoutez rien de ce qu'ils prétendront. Ne vous fiez pas à mes ennemis, encore moins à mes amis. Détournez-vous de ceux qui diront m'avoir connu. Personne n'a jamais été dans mon ventre, personne. Si je parle aujourd'hui, c'est parce que je suis le seul à pouvoir dire la vérité. Parce qu'après moi, j'espère le silence". Tyrone Meehan raconte sa vie gâchée, la violence familiale, sa confusion jusqu'à sa trahison. Retour à Killybegs respire la passion et le désespoir d'un homme qui, un jour, n'a pas eu le choix et s'est enfoncé dans la nuit et dans la honte.

 

Mon avis :

 

Je l’attendais avec impatience !!!

Patraig Meehan, père de neuf enfants, ancien soldat de la brigade du Donegal de l’IRA, a toujours refusé la création de l’Irlande du Nord. Alors que les derniers volunteers  ont déposé les armes en mai 1923, Meehan, lui, n’a pas jamais pas accepté d’avoir perdu la guerre. Des années plus tard, alcoolique et violent il a fini par perdre définitivement son statut de héros aux yeux de son fils et par devenir le « Bastard » de Killybegs, celui que tous ont fini par abandonner, un homme sans importance.

 

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En 2006, son fils (régulièrement réfugié dans la maison familiale de KillybegS, ce lieu de honte que le reste de la famille a préféré fuir) de rappelle cet homme, celui qui se battait, et avant tout celui dont il était fier.

Il se remémore l’homme qui, à sa mort, en 1940, a contraint sa veuve et ses enfants à passer de l’autre côté, à franchir la frontière en s’installant chez son oncle à Belfast, à plier sous les mots des anglais, obeïr lâchement à ceux contre lesquels son père s’était si vaillamment battu.

 

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Une nouvelle vie a donc commencé pour le fils, jeune homme de 16 ans, dans cette nouvelle Irlande où il a très vite fait la connaissance de Sheila Costello, la voisine de 15 ans qui est devenue sa femme. Et cette nouvelle vie pour le fils Meehan fut aussi celle de la guerre, d’un Belfast ravagé, la vision des premiers morts et des premiers protestants, celle de l’IRA ce 10 janvier 1942.

 

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Retour à Killybegs est un roman graphique qui parle de combat, de guerre et avant tout d’Hommes. C’est une morceau d’Histoire, de courage, de bataille et de combats pour une Irlande Républicaine, de dignité, de choix difficiles, de trahison…

 

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J’ai retrouvé avec plaisir Antoine le luthier qui a partagé la vie, les rêves et les luttes du catholique irlandais et, bien évidemment et surtout, Tyrone Meehan, personnage ambigu et torturé, dans ce récit sous tension et émotionnellement difficile où il se dévoile traître, assassin devenu agent britannique et officier traitant pour sauver l’honneur et sa conscience. Mais rien n’est si simple dans cette histoire profondément humaine où il le contexte laisse vraiment peu de place à des décisions sans conséquences.

 

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Avec ses vignettes sépias, vertes, ocres, rouges sang (qui évoquent le passé) et grises bleutées pour le présent, majoritairement uni-chromes, son scénario qui bascule entre le présent et le passé, Retour à Killibegs est une adaptation du roman de Sorj Chalandon parfaitement orchestrée. Pierre Alary raconte dans ses vignettes toute la gravité des événements (le dessin est tranchant et rugueux) et transmet énormément d’émotions (aussi bien à travers les visages que dans le choix des perspectives et des cadrage). La vie de cet homme marqué par sa trahison est dévoilée de son point de vue, sans pathos, sans faux-semblants ni exagération, simplement en mettant en avant les faits et le peu de choix concrets à sa portée.

Rien n’est blanc ni noir dans cette affaire et dans ce contexte de conflit.

 

En deux mots : Chalandon en image grâce à Pierre Alary, c’est juste parfait !!!!

 



11/03/2020
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