Libre-R et associés : Stéphanie - Plaisir de lire

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Roddy Doyle : 3 femmes et un fantôme

3 femmes et un fantôme de Roddy Doyle  3/5 (15-10-2013)

 

3 femmes et un fantôme (221 pages) est paru le 11 septembre 2013, dans la collection tribal des Editions Flammarion.

 

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L’histoire (éditeur) :

 

Emer, la grand-mère de Mary est sur le point de mourir. Apparaît alors le fantôme de son arrière-grand-mère, morte dans les années 1920 : elle a un message à faire passer à Emer et souhaite la soutenir dans cette dernière épreuve. La mère de Mary va les aider. Toutes les quatre entament alors un road-trip délirant à travers l'Irlande vers la maison de famille abandonnée.

 

Mon avis :

 

L’histoire commence par une rencontre. Mary O’Hara, assez maussade cet après-midi (sa meilleure amie ayant déménagé dans un autre quartier de Dublin), tombe sur une femme sans âge (plutôt jeune, mais dont l’accoutrement est plus que démodé, voir même vieillot) qui l’aborde le plus simplement du monde en lui parlant du temps sur le chemin du retour de l’école La discussion se poursuit sur la grand-mère de Mary, qui est actuellement à l’hôpital. Le contact se fait facilement, et sans même savoir qui est cette femme (supposant qu’il s’agisse d’une nouvelle voisine), Mary prend plaisir à la recroiser les jours suivants et à discuter avec, jusqu’à ce que sa mère commence à s’inquiéter (s’agirait-il d’une amie imaginaire ?), cherche à en savoir plus et  finisse par découvrir le prénom de cette étrange femme : Tansey. Par une incroyable coïncidence, ce prénom assez rare est le même  que sa grand-mère, morte en 1928, partie alors que sa fille n’avait que trois ans. La prise de conscience est immédiate, Tansey n’est autre que le fantôme de l’arrière-grand-mère de Mary. Mais pourquoi est-elle revenue ? Peut-être n’a-t-elle finalement jamais quitté le monde des vivants…

 

Roddy Doyle écrit ici un joli roman jeunesse (conseillé à partir de 13 ans) qui met en scène 4 femmes d’une même famille. L’intrigue principale se déroule dans le présent dans laquelle il y a intercalé des récits centrés sur le passée de trois personnages différents. A la manière d’épisodes, il permet au lecteur de faire connaissance avec cette famille sur 4 générations à des moments distincts de leur vie.

L’histoire de Tansey est brève mais touchante, puisque partie trop tôt, laissant ses deux jeunes enfants (Emer et son frère encore bébé) à la charge de son époux et de sa belle-mère. Celle d’Emer, cette gamine qui a grandi dans la ferme familiale sans maman et qui aujourd’hui est sur le point de mourir. Celle de Scarlett, la fille d’Emer, qui revient sur ses souvenirs de vacances à la ferme et qui aujourd’hui est devenue maman à son tour (de deux grands dadais et d’une jeune fille). Et enfin, on découvre Mary, par qui tout arrive. Cette enfant de 12 ans, un tantinet effrontée, intelligente et vive, qui semble tout de même un peu inquiète de grandir et qui se sent bien seule aujourd’hui, entre le départ de sa meilleure amie et sa grand-mère dont les jours sont comptés.

 

3 femme et un fantôme n’a rien d’une histoire fantastique au sens effrayant du terme. Ne vous attendez pas à y trouver des revenants ou des esprits cachés dans les placards prêts à effrayer les personnages et le lecteur. Non, 3 femmes et un fantôme est tout simplement l’histoire d’une femme partie trop jeune qui n’a pas pu se résoudre à laisser son enfant sans mère, continuant à veillez sur elle, et qui a aujourd’hui un message à lui faire passer. Le texte se veut plus une histoire charmante sur les liens sacrés de la famille. L’auteur nous raconte ainsi l’Irlande au travers le destin de 4 femmes pas si différents que ça mais qui ont chacune connu des époques distinctes.

 

On apprécie le rythme de ce texte qui ne s’essouffle pas, dont les dialogues tiennent une place majoritaire et dont les différents histoires qui collent bien à leur réalité. Les jeunes pourront s’attacher facilement à Mary dont le vocabulaire et l’esprit riche en répartie correspondent à la jeunesse actuelle (un peu impertinente sans ici jamais être insolente). Et même si c’est vrai que les hommes n’ont que peu de place ici, ça ne fait pas pour autant un livre réservé aux filles. C’est au final un roman jeunesse agréable et qui en seulement 220 pages arrive à dépeindre une belle palette d’émotions. Pour ma part, même si j’ai trouvé le tout un peu juste en terme de quantité (me laissant finalement un peu en retrait et manquant de m’impliquer à fond dans cette histoire familiale), j’ai tout de même pris du plaisir à les suivre dans leur virée entre filles. J’ai également apprécié cette manière de mettre en avant l’importance des souvenirs tout autant que du moment présents.

 

« Quatre générations de femme – je suis une femme, se disait Mary – sur la route pour une virée en voiture. L’une morte, l’une prête à mourir, l’une au volant, et la dernière pour qui tout ne faisait encore que commencer. Je suis une  femme. » Page 177

 

En bref : 3 femmes et un fantôme est une lecture rapide qui mélange agréablement tristesse, amour et humour.

 

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Petite biographie :

Né en 1958 à Dublin où il vit toujours, Roddy Doyle réussit le tour de force d’être à la fois un écrivain très populaire, une sorte de monument national irlandais avec des millions de livres vendus dans le monde, des traductions en 19 langues, et un auteur encensé par la critique littéraire. Lauréat entre autres du prestigieux Booker Prize pour Paddy Clarke Ha Ha Ha, 1993. Trois de ses romans ont été adaptés au cinéma, The Commitments par Alan Parker, The Van, et The Snapper par Stephen Frears. Il est aussi l’auteur de recueils de nouvelles, de pièces de théâtre et d’une série pour la BBC, Family. Un nouveau roman, Guts paraît en août 2013. The Commitments sort également à Londres en septembre 2013 sous forme de comédie musicale.

C’est que Roddy Doyle capture dans ses romans le rythme, la musicalité, la poésie, mais aussi l’humour et l’impertinence de l’anglais d’Irlande. Ancien prof de lettres, il a fondé à Dublin Fighting Words, un atelier d’écriture libre pour enfants qui accueille chaque année des milliers d’élèves pour des séances de Creative Writing sous la houlette d’écrivains invités. Fighting Words, ça veut dire les mots combattants, des mots qui luttent, mais aussi se battre avec les mots pour leur donner du sens, raconter une histoire.

 

Pour info : Roddy Doyle dans un reportage pour ARTE  (diffusion 6 novembre 2013)  « L’Irlande de Roddy Doyle, Robert McLiam Wilson, Edna O’Brien et Colm Tóibín »

Réalisé par Mathilde Damoisel en 2013 pour ARTE, ce documentaire interroge quelques-uns des plus grands auteurs irlandais contemporains – Roddy Doyle, Robert McLiam Wilson, Edna O’Brien et Colm Tóibín – sur leur conception de l’« Irishness ». Des faubourgs de Belfast à ceux de Dublin, d’est en ouest, que signifie pour eux être irlandais aujourd’hui ? Héritage, histoire, religion, sensibilité, paysages, exil, révolte ; par touches sensibles, ils dessinent leur île et, par leurs mots, les multiples visages de l’Irlande se dévoilent.

"L’Europe des écrivains", est une nouvelle collection de documentaires (France, 2012, 3 x 52mn), qui a pour ambition d’explorer les pays européens et de les montrer tels qu’ils sont perçus et vécus par une ou plusieurs figures majeures de la littérature qui en sont originaires. Un portrait en mosaïque de l’Europe et des appartenances nationales, composé d’archives variées et de témoignages d’écrivains recueillis dans des lieux emblématiques. 



19/10/2013
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