Libre-R et associés : Stéphanie - Plaisir de lire

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Rebecca Coleman : Quand nous étions heureux

Quand nous étions heureux  de Rebecca Coleman   5/5 (10-06-2014)

 

 

Quand nous étions heureux  (390 pages) est paru le 5 juin 2014 aux Editions Presses de la Cité.

 

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L’histoire (éditeur) :

 

Jill et Cade, vingt et un ans, sont étudiants et amoureux. Ils semblent promis à un avenir radieux. Malgré leur relation fusionnelle, Cade refuse de présenter Jill à sa famille, qui vit dans un coin reculé du New Hampshire. Lorsque Jill tombe enceinte, ils décident de passer l’été là-bas. Bien que la famille de Cade se révèle très éloignée de celle dans laquelle elle rêvait d’élever son enfant, Jill parvient à établir une relation avec chacun de ses membres. Eddy, le père de Cade, diminué par une attaque ; Candy, la sœur aînée, très croyante ; Dodge, le beau-frère, réactionnaire et raciste ; Leela, la mère qui passe ses journées à confectionner des drapeaux américains destinés aux familles de soldats. Mais c’est surtout d’Elias, le frère de vingt-trois ans, jeune vétéran souffrant de stress post-traumatique, que Jill se rapproche. Entre eux, une complicité ambiguë va s’installer. Peu après que Jill a accouché, Elias se tire une balle dans la tête. Cet événement tragique bouleverse la famille et les projets de Jill et Cade, qui renoncent alors plus ou moins tacitement à leurs rêves. La situation empire, jusqu’au basculement final dans la tragédie.

 

Mon avis :

 

Alors que tout commence relativement bien dans Quand nous étions heureux, Rebecca Coleman brise doucement idéaux, amour, fraternité, espoir, force mentale…Et même si les premières pages laissent présager un drame, le lien qui se crée entre avec les protagonistes donne au lecteur profondément envie de voir les choses s’arranger. Peine perdue… La vie de Jill et Cade prend une tournure dramatique, que même ces premières pages n’arrivent pas à préparer.

 

Jill Wagner et Cade Olmstead, tous deux 21 ans,  vivent à Washington une belle histoire d’amour, partageant leur temps entre leurs études et leur job (Cade travaille activement dans la campagne électorale du Républicain environnementaliste Mark Bylina), quand Jill tombe enceinte. Elle a perdu sa mère il y a trois ans et n’a d’autre ami que Dave, directeur d’un camp en pleine nature où elle passait ses vacances (puis ses étés à travailler comme animatrice).  N’ayant donc personne pour la soutenir pendant sa grossesse, Cade ne voit pas d’autre choix que d’aller s’installer chez ses parents dans le New Hampshire, le temps d’un été, jusqu’à l’accouchement. Même s’il avait tout fait jusqu’à présent pour éviter cette rencontre qu’il redoutait tant (n’assumant pas cette famille de ploucs, qu’il voit comme un fardeau), les circonstances ne lui laissent pas d’autres solutions et l’obligent à se résigner et à accepter les choses comme ça.

Rien ne se passe vraiment comme prévu. Jill découvre une famille repliée  sur elle-même, dans laquelle l’aînée de 26 ans élève ses trois enfants à la maison (y compris le plus grand de 9 ans qui suit l’école à domicile), tandis que Dodge, son époux de 41 ans (un homme raciste et brutal, à l’esprit étriqué), prépare la famille à une catastrophe imminente (en stockant vives et autres nécessaires à une éventuelle troisième guerre mondiale) dans leur cave. Elias, le grand frère de Cade vient tout juste de rentrer d’Afghanistan et souffre de stress post traumatique, passant ses journées devant la télé et ses nuits à veiller l’arme à la main.

Jill assiste impuissante à tout ça et tente tout de même de créer des liens avec Leela, la mère silencieuse mais réfléchie, et Elias, dont elle perçoit le mal être. Malgré toute sa bonne volonté, les choses vont de mal en pis.

 

« Nous avions tous les deux quitté la maison pour de sacrés bonne raisons. Notre place n’était pas ici. Tout ça me rappelait l’année où Dodge avait fait un potager pour Candy, entouré de bois traité en autoclave. De l’extérieur, ça n’avait pas trop mauvais aspect, mais pendant des mois les produits chimiques n’avaient cessé de s’infiltrer dans le sol, empoisonnant tout ce qui poussait autour. Et voilà que nous nous retrouvions tous, coincés dans la même cage en bois empoisonné. Mais pas pour longtemps. Pas ensemble. » Page 68

 

Que j’ai aimé ce roman ! Voir la déchéance de ce couple qui avait tout pour lui, est à la fois poignant et tellement stressant. On assiste impuissant à ce qui arrive, devinant peu à peu la tournure que prend leur vie. Cade qui est un homme passionné, rêvant de faire carrière en politique (envisageant même un poste à la Ted Kennedy), n’arrive finalement pas à s’affranchir de sa famille. L’emprise qu’elle a sur lui devient de plus en plus forte  à mesure qu’il voit les portes de  sa réussite se fermer et le bonheur couler entre ses doigts (du moins l’image qu’il s’en faisait). Elle pèse sur lui et finit par avoir raison de son esprit logique et de sa détermination.

Elias est aussi submergé par ceux qui l’entourent. Il ne voit son salut qu’en Jill et n’arrive finalement pas à se sortir de cette dépression dans laquelle il sombre inexorablement, sans personne pour lui venir en aide (ni famille, ni autorités compétentes, ni  médecins…). Sa chute entraîne des décisions et devient le catalyseur à l’explosion familiale.

Jill est  orpheline. Elle a perdu sa mère (une ancienne alcoolique) lorsqu’elle avait 18 ans et n’a jamais connu son père. Dans ces conditions, elle mettait beaucoup d’espoir et de joie à conquérir la famille de Cade. Mais rien ne sera à la hauteur de ses attentes au final….

  

Rebecca Coleman construit avec beaucoup d’intensité un roman choral qui prend au trippes. Chaque personnage se dévoile dans un portrait psychologique sombre et très bien dessiné. Les secrets et les blessures sont doucement dévoilés et rendent les protagonistes bouleversants (contrairement à d’autres secondaires qui deviennent encore plus détestables).

Elle pointe le doigt sur les laissés-pour-compte que sont les soldats de retour de guerre en proie aux angoisses, au doutes et aux regrets, et les familles dysfonctionnelles. Ce triste constat est malheureusement criant de vérité ! Chacun essaye de survivre à sa manière, qu’elle soit la meilleure, ou la seule qu’il connaisse. Mais parfois le poids des erreurs et du secret est bien trop lourd à porter. Et quand l’amertume et la paranoïa viennent se greffer au sentiment d’échec, la situation finit forcément par devenir désespérée.

 

Pour son troisième roman (le premier publié en France), Rebecca Coleman offre un titre terriblement pessimiste mais magnifiquement raconté. Les personnages de Quand nous étions heureux sont riches, son intrigue prenante et le tout est très touchant. Vous ne resterez pas invisible à cette terrible histoire.



18/06/2014
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