Libre-R et associés : Stéphanie - Plaisir de lire

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Juli Zeh : Décompression

Décompression de Juli Zeh   3/5 (10-08-2013)

 

Décompression (288 pages) est paru le 4 septembre 2013 aux Editions Actes Sud.

 

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L’histoire :

 

Au mois de novembre sur l’île de Lanzarote : paysages minéraux, climat doux mais changeant. La faune et la flore sous-marines des environs en font un lieu de plongée recherché.
Sven, le nonchalant instructeur, y organise des cours de plongée mais cette semaine-là, ce sont ses deux singuliers stagiaires qui semblent mener le jeu. Jola et Theo, couple berlinois très glamour, attirent Sven dans un piège. À moins que ce ne soit le contraire. Les sorties en mer se transforment en mises en scènes – provocation, désir et haine s’y invitent. Chacun risque de perdre la maîtrise de la situation et de sa vie. Et peut-être davantage encore. L’indifférence que Sven cultive se fissure. Et l’angoisse s’infiltre. Qui manipule qui ?
Décompression est un thriller intelligent et jubilatoire qui jongle avec nos idées préconçues : un Juli Zeh grand cru et un pur plaisir de lecture.

 

Mon avis :

 

Ça faisait bien longtemps que je n’avais pas ouvert un roman Actes Sud reconnaissable entre mille par sa taille toute en longueur. Je me suis rappeler mon tout premier (Surfer la Nuit de Fiona Capp) avec qui j’avais passer une excellent moment, et ça m’a fait tout drôle. Moment de nostalgique passé, je me suis donc plongé dans ce nouveau roman de Juli Zeh : Décompression.

Décompression, ce moment crucial où le plongeur remonte à la surface et doit établir des paliers afin de rétablir son taux d’azote dans le corps et ne pas subir de traumatisme.

Décompression, ce moment où Sven revient lentement sur 15 jours troublants de leçons de plongée données à un couple d’allemand hors normes. Il effectue ainsi ses différents paliers, s’attardant sur certains moments, avant de revenir au présent, et à sa réalité.

 

Sven est plongeur professionnel. Il a avorté une carrière de juriste en Allemagne et a quitté sa famille (et une bonne partie de la société) il y a 14 ans, pour venir s’installer sur une petite île des Canaries avec Antje, un jeune femme avec qui il entretient des relations professionnelles et relationnelles (qui s’apparente à de l’amour) plutôt pépères. En ce mois de novembre, ils décrochent un superbe contrat. Théodore Hast (écrivain qui n’écrit plus) et Jolante Von der Pahlen (une actrice réputée de 23 ans qui ne tourne plus), viennent prendre des cours de plongée et louer les services de Sven pendant deux semaines. Jola souhaite décrocher le rôle de Lotte Hass (première plongeuse de fond) dont l’audition approche. Elle espère ainsi faire décoller sa carrière (assez médiocre et obtenue par piston) et ne plus dépendre de son (riche) père. Alors que tout s’annonce au mieux pour Sven qui voit l’occasion de partager sa passion des fonds marins et gagner pas mal d’argent, le comportement du couple révèle peu à peu une relation basée sur la destruction réciproque (entre jeux dangereux et petites touches de méchanceté, voir de réelle violence). Mais surtout, l’attitude aguicheuse de Jola est de plus en plus prononcée (baiser volé, attouchement..) et met Sven de plus en plus mal à l’aise, d’autant que Théo semble prendre plaisir à cette situation. Malgré tout, il ne reste pas insensible à la beauté de la jeune femme. Jusqu’où tout ça le mènera ?

 

Décompression, annoncé comme un thriller, est de ces romans qui laissent la tension se distiller progressivement, entraînant le lecteur dans une ambiance pesante, où un certain malaise est perceptible, sans pour autant jamais tomber dans le sanglant ou la violence. Le lecteur comprend vite que ce couple n’est pas normal, pas sain, qu’il cache quelque chose de bizarre et d’inquiétant, mais il faut un moment pour comprendre où l’auteur nous entraîne. Juli Zeh tient parfaitement les rênes de son intrigue et laisse le lecteur nager entre deux eaux. Elle propose deux perspectives antagonistes des faits et, entre le récit de Sven et le journal de Jola, le doute finit par s’installer. Si au début mon opinion était parfaitement claire et tranchée, le manque de certitudes a fini par s’installer jusqu’au dénouement où là encore je suis restée dans le flou, ne sachant pas vraiment si la narration de Sven était tout à fait honnête.

 

Juli zeh transporte très bien le lecteur dans ces lieux paradisiaques qui en deviennent finalement angoissants. Sous l’eau comme sur terre, l’ambiance est tendue et la paranoïa s’installe. Les personnages de Théo et de Jola, manipulateurs obsessionnels, m’ont paru inquiétants et détestables, (de vrais cinglés !).

«  Complètement con de croire que des vacances puissent changer quoi que ce soit. Le vieil homme avait déjà compris ça il y a des années quand il écrivait : « Emigrer. Cela n’aurait un sens que si nous n’étions pas nous-même le pays vers lequel nous fuyons ». Comme je l’aime dans ces phrases-là. C’est exactement pour cette raison qu’il ne me laisse plus rien lire. Il me prive de lui, comme ça. Fait comme s’il ne travaillait pas. Efface ses textes. Les dissimule. Ne publie rien. Me dit des mensonges. Parce qu’il ne veut pas que j’aie le plaisir de vivre avec un écrivain. Un raté, c’est tout ce que je mérite, d’après lui. » Page 60

 

Si j’ai aimé le style de l’auteure, son intrigue ne m’a pas finalement totalement convaincue tant le goût d’inachevé m’a semblé prononcé en tournant le dernière page. Je n’ai pas eu le sentiment d’avoir réussi à faire surface, parce qu'il y a encore beaucoup de mystères et des questions sans réponse. D’un autre côté, c’est peut être aussi un parti pris et dans ce sens, elle aura sans conteste réussi son œuvre en nous laissant dans le doute. D’autre part, j’ai quand même eu du mal à considérer ce roman comme un thriller. La tension a beau être maintenue, elle n’est finalement pas assez présente et prononcée (ce qui fait en principe la force d’un roman à suspens.). Malgré tout, j’ai passé un bon moment et suis heureuse d’avoir enfin découvert le plume de Juli Zeh.

 

En bref : deux personnages qui se soutiennent autant qu’ils se démolissent viennent perturber le calme idyllique de la vie de Sven, qui voit alors sa vie partir peu à peu en miettes en prenant place dans un triangle amoureux malsain.  Décompression est une lecture agréable et distrayante mais moins efficace sur le plan du thriller qu’elle ne laissait attendre.

 

A noter : la parution simultanée de L’ultime Question dans la collection Babel.

 

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12/08/2013
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