Libre-R et associés : Stéphanie - Plaisir de lire

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Joyce Carol Oates : Étouffements

Étouffements de Joyce Carol Oates    3,5/5  (21-10-2012)

 

Etouffement (336 pages) est sorti le 4 octobre 2012 aux Editions Philippe Rey.

Joyce Carol Oates est une auteure que j’affectionne particulièrement. Son style n’est pas toujours facile mais ses romans (du moins ceux que j’ai lus) sont vraiment bons. Lors de la dernière Masse Critique de Babelio, j’avais repéré beaucoup de titres qui me faisaient envie mais c’était Etouffements  qui a le plus retenu mon attention. Ça faisait un bon moment que je n’avais pas lu du Oates. Je suis donc d’autant plus ravie d’avoir été sélectionnée, merci à Babelio et aux Editions Philippe Rey.


   


L’histoire (éditeur) :

 

Elle ne sait plus. Ou plutôt, la drogue aidant, elle ne se rappelle que trop bien : le bébé rose assassiné, les bandages autour de la tête, non, ce n’était pas une poupée qu’elle a vue, c’est sa petite sœur, et c’est son père qu’elle aimait tant qui l’a tuée, étouffée, elle le sait, à moins que ce soit sa mère... Trente ans après, elle doit la venger, il le faut.

Et il en va ainsi pour les personnages de ces dix nouvelles glaçantes. Hommes et femmes, jeunes et vieux, ils ne peuvent plus respirer. Dans l’attente désespérée d’un bonheur qu’ils ont connu et perdu, ou tant rêvé et jamais approché, ils étouffent, ils ont besoin d’air et de vengeance. Ils veulent qu’on leur rende ce que, selon eux, on leur a pris : un coeur, une épouse, un enfant, une jeunesse, une vie… Et les victimes de ces prédateurs, perdant la respiration à leur tour sous les assauts de l’angoisse ou de la haine, n’ont plus qu’à tenter de ne pas sombrer dans les remugles d’un passé qu’elles croyaient à tort oublié.

 

Mon avis :

 

Etouffements est un recueil de 10 nouvelles, parues  entre 2005 et 2008 dans  différentes revues américaines. Elles sont de longueurs inégales (certaines font 8 pages et d’autre 50) mais dans chacune se profile un sentiment d’angoisse et/ou de malaise.  

C’est une nouvelle épistolaire qui ouvre ce livre.  Donnez-moi votre cœur est intriguante. Il s’agit d’un lettre dans laquelle plane une menace, celle d’une femme  qui  rêve de justice depuis 23 ans. Dans Cerveau/fendu (la plus courte des nouvelles) le lecteur est confronté à un acte terrible de violence imaginé ou prémonitoire. Le premier mari évoque particulièrement bien la jalousie d’un homme (réveillé par une photo devenue une obsession) face au premier mari de sa femme. Il y a là une crédibilité qui  fait froid dans le dos. Strip Poker ou comment une jeune fille de 14 ans se retrouve entrainée dans un jeu malsain de stip poker avec des garçons beaucoup trop âgés et comment elle va finir par se déshabiller. Etouffements est l’histoire d’une amnésie de 30 ans, qui prend fin quand Alva découvre que l’enquête du bébé aux lapins roses, jamais élucidée, est rouverte. Elle se souvient ou  croit se souvenir.  Tétanos est l’histoire d’un enquêteur des services sociaux tentant de venir en aide à un enfant arrêté, jusqu’à ce qu’une phrase de trop fasse basculer l’entretien. La chute est le récit (plutôt long) d’une famille, d’une grande famille dont le neveu attardé, grand gaillard simple et attachant est au cœur des préoccupations et des angoisses (notamment celle de Lizabeta, la très jeune mère de famille). Je n’arrivais ici pas à savoir d’où venait le danger et comment  tout cela allait se terminer mais je sentais qu’un drame se dessinait dans cette famille. Nulle part concerne la jeune Miriam et les choix qu’elle envisage pour son avenir et celui de sa mère. Elle tangue entre la haine (à la limite du meurtre) et l’amour, et lorsque l’on a 15 c’est loin d’être évident. Sang est incroyable (oui, c’est le mot parfait). C’est l’histoire de Jess, qui va payer à la place d’un autre. Et enfin, Veine Cave met en avant le disfonctionnement psychique d’un homme revenu de guerre avec les honneurs.

 

Le rapport aux autres (conjoint, mère, filles, garçons…) et les sentiments d’étouffement, de haine, de jalouse, de folie  donnent une atmosphère lourde à ces nouvelles. J’ai trouvé que les rapports aux hommes étaient particulièrement présents et au père en particulier. Il y a beaucoup de familles brisées ou sur le point de se briser. Le tragique est mis en avant avec beaucoup de terrible : des morts, des dénonciations, des décisions, des conséquences, des concours de circonstances….Les personnages ne sont pas tous égaux face aux choix qu’ils doivent prendre, certains plus chanceux ou plus malins que d’autres  (je pense à Jess dans Sang à qui il arrive la pire rencontre de sa vie).

 

En règle générale j’aime les nouvelles, malgré le fait d’avoir toujours le sentiment qu’il manque quelque chose (plus de pages sans doute !). Etouffements n’échappe pas à la règle. J’ai apprécié lire du Joyce Carol Oates en moins de 60 pages, découvrir des personnages réalistes avec des obsessions  (présentes en chacun de nous) qui se révèlent ici exacerbées à l’extrême.

 

C’était une lecture (tendue) qui m’a plu, même si elle est loin d’être un coup de cœur. Ce  n’est pas mon Joyce Carol Oates préféré, mais si vous ne connaissez pas l’auteure, c’est sans doute l’occasion de la découvrir avec des textes courts.

 

 

 

 



21/10/2012
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