Libre-R et associés : Stéphanie - Plaisir de lire

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Jean-Pierre Andrevon : Un horizon de cendres

Un horizon de cendres  de Jean-Pierre Andrevon  2,5/5 (01-02-2014)

 

Un horizon de cendres  (218 pages) est  paru le 8 mars 2004 chez Belial’, puis en version poche le  3 juillet 2008 aux Editions Pocket (242 pages) dans la collection Science-fiction / Fantasy.

 

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L’histoire (éditeur) :

 

Premier jour : Au loin, il y a votre voisin. Vous lui faites un signe. Jusqu'au moment où vous réalisez qu'il est décédé depuis des semaines...
Troisième jour : La télé enchaîne les émissions spéciales : partout dans le monde les morts reviennent. Apathiques, ils errent au royaume des vivants...
Cinquième jour : Paralysé de trouille et de dégoût, vous regardez votre femme serrer dans ses bras, au beau milieu de votre salon, une chose qui, un jour, fut sa mère...
Huitième jour : Votre femme vous a quitté après que vous avez réduit en cendres l'ignominie qu'elle appelait "maman".
Neuvième jour : La télé diffuse un reportage au cours duquel on voit une de ces choses dévorer un chat vivant...
Ils sont désormais des millions et vous ne vous poser qu'une question : mon monde n'est-il pas désormais le leur?

 

Mon avis :

 

Encore un livre de zombies. Oui mais français pour changer, et traiter un peu différemment. Alors voilà un petit livre qui a déjà tout pour me plaire (si seulement…)

 

Quand Kemper croise Frédéric Marshal sur le chemin du boulot, il est d’abord étonné de voir ce propriétaire (et voisin éloigné) d’un élevage de poules fagoté comme un SDF, puis il réalise qu’il est mort et enterré depuis  2 mois, suite à une rupture d’anévrisme. Le choc ! Les jours avancent et les morts deviennent de plus en plus nombreux à courir (enfin, façon de parler) les rues. La vie à la campagne du narrateur et de sa petite famille plutôt paisible jusque-là va rapidement se compliquer. Alors que sa femme et leur fille découvrent l’avancée des nouvelles à la télé, ce responsable du funérarium vit au jour le jour l’accroissement de la population, qui reste totalement inexpliqué (car même si certains débats télévisés lancent quelques idées sur l’origine, le phénomène reste de l’ordre du surnaturel et pourtant malheureusement bien réel). En plus de revenir à la vie, ces morts ont le pouvoir de se régénérer et il semble presque impossible d’en venir à bout, alors quand en plus les premiers cas de cannibalismes sont déclarés, il y a de quoi s’inquiéter, et même paniquer. Et quand la belle-mère (morte il y a des années) a gentiment retrouvé le foyer familial, c’est carrément l’angoisse pour Kemper.

 

Un horizon de cendres aborde les choses un peu différentes des récits classiques post apocalyptiques de zombies (habituellement chaotiques et pleins de violence). On découvre doucement comment le monde bascule (ou du moins la France) et d’un point de vue d’un homme pas spécialement courageux, juste Monsieur-tout-le-monde. En premier lieu, ces revenants sont loin d’être présentés comme terrifiants, simplement des cadavres qui se sont redressés et qui, à part pousser toujours le même son guttural, ne font pas grand-chose. Les choses se corsent graduellement jusqu’au moment où le besoin de cervelle fraîche devient pressant.

Tout cela aurait pu me plaire si Jean-Pierre Andrevon  s’était contenté de nous raconter les faits de son écriture fluide, en se bornant  à l’intrigue zombiesque de départ (soit les différentes actions de survie face au fléau, mêlées aux réflexions sur la famille et nos liens avec les morts). Mais non, la deuxième partie part à tout berzingue dans un camp de rescapés qui essayent de survivre (s’organiser est un bien grand mot) et profiter. Kemper est ici super passif (un peu perdu sans doute de ne plus avoir de nouvelle de sa femme et sa fille). Il se laisse porter par les autres, par ce qui se passe et dans des réflexions qui m’ont profondément gonflée. Cette deuxième partie (ça commence aussi dans la première mais en beaucoup moins accentué) est un ramassis de clichés (mot, d’ailleurs utilisé une dizaine de fois par l’auteur) en tous genres, mais surtout sociaux et raciaux. Je ne porte aucun jugement sur l’auteur ni même souhaite lancer un quelconque débat, mais lire à de trop nombreuses reprise que les maghrébin  sont des cailleras, associés constamment à la violence et au vol (les pillages des montres de luxe était un poil de trop…) et croiser des mots tels que turvois, rouilla, sketbas, emboucaver ou batbou (je ne relève même pas les fautes d’orthographe !), j’ai eu l’impression de me retrouver dans une cité du 93 grossièrement dépeinte et ça m’a agacée (encore en lisant les multiples comparaisons à la Shoah, à Vichy…)

C’est vrai que le récit est moins convenu que d’autres textes de mort-vivants sur certains points. Mais là où l’argot aurait pu apporter des qualités en nous plongeant dans un lieu et une époque, il plonge finalement le lecteur dans un récit à la première personne qui tombe dans le caricatural (presque déplacé je trouve). Dommage, j’en attendais bien mieux !

 

En bref : un roman inégal avec une première partie assez sympa (originale et avec une pointe d’humour) et une seconde plus marquée par l’action mais bourrée de clichés qui gâchent profondément la lecture.

A noter : le retournement de situation en fin de texte  qui lance une petite réflexion intéressante : et si les zombies devenaient « l’humanité », en nous piquant nos fringues, nos téléphones et notre cervelle ?

 

Lecture partagée avec Gr3nouille dont voici son billet (à venir).

 



04/02/2014
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