Libre-R et associés : Stéphanie - Plaisir de lire

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Anne-Laure Buffet : Les mères qui blessent, se libérer de leur emprise pour renaître

Les mères qui blessent, se libérer de leur emprise pour renaître d’Anne-Laure Buffet 4/5 (22/07/2018)

 

Les mères qui blessent, se libérer de leur emprise pour renaître (163 pages) est sorti le 21 juin 2018 aux Editions Eyrolles.

 

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Le livre (éditeur) :

 

Négligente, narcissique, toxique...
Il est difficile d'admettre qu'une mère ait pu être maltraitante à l'égard de son enfant, car une mère est forcément une bonne mère. Pourtant le traumatisme de la maltraitance maternelle non seulement sur une enfance mais sur une vie d'adulte, est d'autant plus important que la souffrance est tue.
Cet ouvrage donne la parole aux victimes de ces mères qui font du mal. Il aide à comprendre les mécanismes de la maltraitance maternelle et combien il est difficile d'en guérir même devenu adulte, car elle tient parfois lieu de lien toxique.
Anne-Laure Buffet donne des pistes pour recouvrer autonomie et confiance en soi, faire le deuil d'une mère idéale et libérer de nouvelles forces et ressources affectives.

 

Mon avis :

 

« La « mère parfaite » est une gageure, un objectif que beaucoup se fixe –et s’y perdent. N’oublions pas le sens de « perfection » : « est parfait ce qui comporte toutes les qualités qu’on attend de lui ». Ainsi la « mère parfaite » possèderait toutes les qualités requises. Il faudrait pouvoir dresser une liste exhaustive de ces qualités, modulables selon les époques, les cultures, les contraintes politico-géo-économiques, les histoires familiales et individuelles. » Page 3

 

Ce livre a remué beaucoup de choses en moi. Je suis loin d’être une victime d’une mère « toxique » ou « blessante » et ce n’est pas en repensant à ma mère que j’ai lu cet ouvrage, mais c’est davantage en me visualisant en tant que maman que j’ai parcouru les différents domaines qu’il aborde, cherchant si, sans m’en rendre compte, j’aurais pu tomber dans l’un de ces « travers » et devenir moi aussi une « mauvaise » mère. Parce que mon manque de confiance en moi tenace, que mon besoin de perfection, ma fatigue chronique et ma nécessité à tout vouloir gérer seule (me prouvant ainsi que je suis capable et que je n’ai besoin de personne) m’ont souvent donné le sentiment d’être défaillante dans mon rôle de mère.

Alors évidement jusqu’au bout je ne me suis absolument pas reconnue mais j’ai pu me rendre compte de toute l’étendue de la maltraitance maternelle et aussi et surtout comprendre comment on pouvait en arriver là et le mal qu’elle engendrait. Oui, je suis souvent fatiguée, parfois fâchée et peu patiente mais je pense au demeurant donner l’amour, la confiance et les bases éducatives saines nécessaires à mes loustics pour qu’ils deviennent des adultes en bonne santé (mental et physique) et sûrs d’eux pour mener à bien leur vie.

Oui, parce que même loin d’être une mère parfaite chacun a droit à son lot de silence, d’épuisement et de mauvais jours…

« Contrairement à ce que l’on pourrait penser, la mère parfaite existe. Mais uniquement dans l’imaginaire de celle-ci, qui s’autoproclame comme telle, et dans l’imaginaire de ceux qui doivent ou veulent bien le croire. » Page 21

 

Bref, revenons-en  à l’essentiel. Les mères qui blessent n’est pas une lecture facile mais une lecture nécessaire parce qu’abordant un sujet délicat et souvent tabou.

« Dissimulation, apparences, faux-semblants et jeux de dupes… En parlant des mauvaises mères, nous entrons dans un grand carnaval où chaque maque en cache un autre. Des masques qui tombent rarement – leur chute mettrait en grand danger celles qui les portent : les mères. » Page 10

Pourquoi est-ce si secret ? Parce que le culte de la mère est partout, mais parce que le huis clos familiale et le jeu d’acteur de ces femmes en public (qui pourtant n’en est pas véritablement toujours un, parfois juste démonstration d’amour et d’écoute à la limite de l’étouffement et de l’inquiétude maladive) s’avère efficaces et redoutables.

 

Anne-laure Buffet explique là de manière simple (dans la forme) mais  développée les différents types de mère « mal traitantes » (immature, narcissique, possessive, mortifère, maltraitante, négligente, tyrannique, violente…), explique clairement leur comportement, justifie (sans excuser) et expose les conséquences chez l’enfant.

Il y a là un côté explicatif très intéressant. Il ne s’agit pas simplement de lister les troubles de la maternité mais d’aborder également de manière médicale (voir juridique) la maladie. Anne-laure Buffet, prend soin de construire son récit en y ajoutant quelques passages plus encyclopédiques mais, face au vocabulaire toujours simple et précis et à la mise en pages très aéré et agréable, la lecture reste de bout en bout attrayante.

 

La victime étant au cœur de l’ouvrage, l’auteure donne constamment la parole à ceux qui ont souffert de ces comportements. Ainsi des cas précis viennent ponctuer et illustrer le récit, laissant au lecteur prendre conscience de la pleine mesure des déviances et leurs impacts traumatiques sont l’enfant devenu adulte.

Elle offre aussi des pistes pour se sortir de la souffrance et du traumatisme, recouvrer une autonomie, et sans aucun doute elle libérera quelques paroles, permettant à certains de trouver des mots sur leurs maux et de comprendre…

 

Si j’ai trouvé Les mère qui blessent parfois douloureux à lire, j’ai apprécié le côté positif de l’auteure qui prône l’accompagnement d’un côté comme de l’autre, qui montre, démontre et expose sans juger, qui tend à faire comprendre et expliquer, et qui tempère (sans pour autant minimiser). Parce qu’en tant que parent on aurait aussi tendance à se reconnaître dans certaines descriptions, elle ne manque pas de répéter et souligner que la maltraitance s’inscrit dans la répétition. C’est un livre difficile parce que le sujet relève d’une incongruité dramatique (la mère donne la vie et ne devrait en aucun cas blesser) et que les illustrations sont bouleversantes mais c’est un ouvrage qui déculpabilise aussi énormément celles qui ont souvent peur de mal faire car mal faire ne signifie pas toujours faire mal.

« Devenir mère demande d’accepter d’être blessée sans être effondrée. C’est également accepter que, dans les défaillances maternelles, l’enfant se construise aussi. Si la biologie semble rendre naturel le fait d’être mère quand on nait femme, la réalité est bien autre ; et tout attribuer à l’instinct condamne celles qui ont souffert ou souffrent d’avoir eu des enfants sans les désirer, sans savoir où pouvoir les aimer. » Page 72

 

Les mères qui blessent est un texte très intéressant parce qu’il ne manque pas de parler du contexte sociétal, du cadre culturel, du poids de la culture, des injonctions sociales, des différentes évolutions historiques de l’attachement par exemple ou de la figure maternelle). Il s’agit là d’une vaste étude condensée en moins de 200 pages qui se borne à l’essentiel pour mieux comprendre les défaillances et les troubles, et tenter de s’en relever.



31/07/2018
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