Libre-R et associés : Stéphanie - Plaisir de lire

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Amélie Nothomb : Acide Sulfurique

Acide Sulfurique d’Amélie Nothomb      3/5   (09-06-2012)


Acide sulfurique (198 pages), paru aux Editions Albin Michel le 24 août 2005, est également disponible en poche (212 pages) chez Livre de Poche

 

   

 

 

L’histoire (éditeur) :


Vint le moment où la souffrance des autres ne leur suffit plus : il leur en fallut le spectacle.A.N.

 

Mon avis :


Même si je n’ai pas autant accroché que je ne l’aurais pensé, j’ai tout de même passé un bon moment avec ce Nothomb. Son style que j’aime tant est bien là : cynisme, humour, ironie, vocabulaire pertinent et pointu (quand je me lance dans un livre d’Amélie Nothomb, j’ai toujours un dictionnaire à portée de main) et choix de prénoms toujours aussi saugrenu. Des plaisirs que je ne me lasse pas de suivre.

 

L’idée d’Acide Sulfurique est bonne et surtout très forte : des personnes sont prises au hasard dans la rue et sont envoyées dans un camp de concentration où elles sont filmées 24h sur 24h. Les images sont diffusées en direct à la télé, suivies par de nombreux téléspectateurs. Dans ces camps, les prisonniers déshumanisés  portent des matricules, doivent travailler (creuser et déblayer les gravats d’un tunnel inutile), sont battus, et chaque jour deux d’entre eux sont choisis pour être abattus.

 

Amélie Nothomb a choisi la comparaison avec les camps de concentration utilisés en temps de guerre (insalubrité, malnutrition, travaux et mise à mort) pour dénoncer les dérives de la télé-réalité, avec comme différence que les personnes enfermées ne sont en aucun cas des opposants ou des ennemis, mais juste de simples passants. Dans son récit, elle  n’hésite pas à rendre le public actif afin de booster l’audimat, en le faisant voter pour choisir ceux ou celles qui seront éliminés. Et ça marche très bien : "c'était la pandémie".

Cette émission, poussée à l’extrême, ressemble en version plus sombre et dérangeante à ce que l’on voit actuellement avec Secret story, Loft Story…et j’en passe. Elle pose ainsi la question : jusqu'où est-on prêt à aller dans le monde de la programmation télé ? Et pourquoi l’idée de la maltraitance, de l'exécution et  de la mort en public est-elle une source de curiosité telle que les gens sont prêts à regarder et à participer ? Il n’est pas difficile de comprendre qui passe pour être le plus responsable. Ce n’est ni les kapos, ni les organisateurs (bien qu’ils aient pour moi une part de responsabilité active dans la scélératesse (et oui, j’ai découvert ce mot dans ce roman et je ne manque de vous en faire profiter ! )) mais bien le public !

 

Deux personnages se dégagent du récit : Pannonique (la gentille) et Zdena (la méchante). Elles ont toutes les deux 20 ans, ont toutes les deux été enlevées dans la rue mais l’une a été sélectionné pour être prisonnière (renommée CKZ 114) tandis que l’autre a passé l’entretien pour le  poste de kapo avec succès. Tous les opposent : l'une est belle, intelligente et gracieuse, l’autre n’est qu’une idiote (utilisée par les organisateurs) qui se croit importante et au-dessus des autres. Zdena est totalement obsédée par CKZ 114 au point de développer une fascination mêlée de jalousie et de rendre leur relation vraiment très particulière.

 

Acide Sulfurique a une intrigue intéressante mais il y a quelques points qui m’ont dérangée. Je n’ai pas vraiment adhéré au délire de Pannonique qui cherche à se comparer à certains personnages bibliques. Et puis le fait que les proches des victimes soient absents et que personne ne cherche à délivrer ou à venir en aide aux prisonniers m’a chagrinée.

 

 

Mon avis sur :

 


 




12/06/2012
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