Libre-R et associés : Stéphanie - Plaisir de lire

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Pierre Raufast : Habemus Piratam

Habemus Piratam de Pierre Raufast    4/5 (26-09-2018)

 

Habemus Piratam (228 pages) est disponible depuis le 4 octobre 2018 aux Editions Alma.

 

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L’histoire (éditeur) :

 

L'abbé Francis n'en revient pas : un cyber-pénitent s'installe un beau matin dans son confessionnal. Le hacker, sorti de nulle part, a décidé d'avouer ses forfaits. La vallée de Chantebrie en est toute chamboulée...

L'abbé Francis ne confesse en général que de petites querelles de paroissiennes. Un jour, il reçoit les confidences d'un mystérieux pirate informatique qui s'accuse d'avoir enfreint les Dix Commandements. Avec délice, le prêtre plonge dans des histoires incroyables, comme celles du faux vol de la Joconde, de la romancière à succès piégée par un drone ou de Toulouse privé d'électricité au nom des étoiles. Il met alors le doigt dans un engrenage numérique qui va l'entraîner beaucoup plus loin que prévu... Et, pendant ce temps, c'est également une jolie pagaille dans le paisible petit bourg où tous les secrets semblent impatients de reparaître, fussent-ils enfouis dans les profondeurs du temps ou le coin du pré. 

Dans ce quatrième roman, Pierre Raufast allie son talent de conteur à ses connaissances professionnelles en sécurité informatique. Il en résulte un délicieux cocktail d'anecdotes réalistes, d'humour, de suspens et d'espiègleries.

 

 

Mon avis :

 

L’Abbé Francis est installé depuis deux ans dans un petit village de 3000 habitants situé dans une petite commune en haut de la vallée de Chantebrie.

« Aucun doute, il était le dernier à s’être installé dans ce village, voilà deux ans. Ici comme partout dans la vallée, les jeunes partent à la ville trouver un emploi. Ne restent que les agriculteurs, les enfants et les retraités qui trichent au Scrabble. » Page 21

Routine assommante du vendredi matin :  Claudine Hurette, comme Madame Lacabane ou Madame Chaumergue et beaucoup du troisième âge, passe voir l’Abbé Francis pour papoter au parloir plutôt que pour véritablement se confesser (même si elle ressort de là soulagée d’avoir ses pratiques peu appréciables pardonnées aux yeux du Seigneur).  Mais ce vendredi matin, il ne s’attend pas à entendre les paroles de cet homme venu avouer ce qui l’a conduit ici, craignant davantage ce qui l’attend plutôt que le Jugement Dernier… Ce monsieur, "consultant" en sécurité informatique (pirate œuvrant principalement pour des industriels malfaisants et divers trafiquants), a connu une vie plutôt riche, ce job qui lui ayant permis de très bien gagner sa vie, de lui ouvrir de nombreuses portes et lui offrir mille expériences. mais c'est aussi cette expertise qui l’a également entraîné sur une pente glissante, celle de la face sombre de l’humanité.

Aussitôt ces quelques mots prononcés, le pirate s'est aussitôt envolé…

Voilà une bien délicate et surtout bien curieuse confession, la première d’une longue série suivant le cheminement des 10 commandements. A la manière d’une série hebdomadaire, l’inconnu va ainsi revenir sur sa vie chaque vendredi, raconter ce qui l’a conduit à sa future mort en ne manquant pas de terminer chaque épisode sur un cliffhanger qui laisse la curiosité de l’Abbé Francis bien aiguisée.

On découvre ainsi avec lui l’histoire d’un vol de tableau au Louvre, son amitié avec Babar (ami d’enfance, lui aussi dans la sécurité informatique, mais pas vraiment la même…),  de son pote Bernard (astronome passionné sur la point de finaliser sa thèse, à moins que le Pic du midi vienne compromette ses plans), celle du troisième tome d’une saga d’une romance à suspens  pas encore sorti mais fortement désirée par une x gymnaste devenue mannequin, celle d’une dentiste qui a parfaitement su se recycler… Et encore bien d’autres.

 

Les récits de ce mystérieux pénitent sont entrecoupés d’affaires du village, comme celles de la fameuse culotte ou de la mort de Claudine (une retraitée qui trichait au scrabble en planquant le W) mais également, en filigrane, une trame encore plus énigmatique : ce que le curé a réveillé à trop vouloir s’intéresser à ce que lui raconte l’énigmatique bonhomme.

« Hélas, ces recherches étaient comme des petits cailloux égrenés le long de la Toile, permettant au méchant Petit Poucet de retrouver es cyber pénitent. Un Petit Poucet extrêmement puissant (…) et qui projetait de manger ses testicules avec de la confiture de figues. » Page 135

Et oui, le père beaucoup trop curieux et intrigué par ces « anecdotes » hebdomadaires se prend à s’intéresser plus minutieusement à chaque élément décrit, au point de mettre le feu au poudre…

 

 

Habemus Piratam, nouveau roman de Pierre Raufast, est encore un enchantement narratif. L’auteur, merveilleux narrateur, nous entraîne là encore dans une histoire folle (et même DES histoires folles) et parce qu’il excelle dans l’art de conter n’a pas peur de nous transporter dans des trames délirantes et malgré tout techniques.

Mais finalement, même si les termes informatiques sont très présents et peuvent parfois effrayer (la peur d’être larguer n’est par moment pas très loin), l’art de Pierre Raufast c’est aussi de nous conter des choses dont on ne saisit pas tout sans jamais pour autant nous perdre et de nous laisser lire des lignes et des lignes de jargons de hacker (et d’expert en informatique)  dont on ne comprend forcément pas grand-chose quand on n’est pas du milieu, mais sans jamais nous écœurer ou nous donner envie de poser le livre.

 

« - Aujourd’hui, cher ami, nous parlons du huitième commandement : « Tu ne porteras pas de faux témoignage contre ton prochain. »

- Forger un faux certificat SSL tombe-t-il sous le couperet de ce commandement ?

- Pardon ?

- C’était une blague. En tant que pirate, on passe notre temps à faisander des communications : man-in-the-middle, interception de paquets, faux certificats, etc. J’espère que Dieu ne considère pas la faille Poodle comme une sorte de faux témoignage…

Le curé secoua la tête.

- Quel charabia…

- Bien entendu que j’ai ment ! L’ingénierie sociale, la manipulation et le mensonge sont les mamelles de notre métier. Mais, dans ce bas monde, tout le monde ment. » Page 137

 

On se laisse agréablement prendre au jeu de ces aventures autant qu’on se laisse conduire naturellement dans la vie de ce petit village pittoresque. Entre la curiosité de découvrir le fin mot de l’histoire, la petite pointe de stress qu’entraînent toutes les recherches Google de l’Abbé Francis, et le plaisir d’écouter Pierre Raufast nous raconter toutes ces histoires rocambolesques, Habemus Piratam se déguste bien trop vite (et comme le Père Francis on est souvent impatient de voir revenir le mystérieux au parloir nous en dire plus), jusqu’au dénouement où l’auteur surprend admirablement le lecteur !

Et oui, parce que tous ces différents récits indépendants permettent au fur et à mesure de prendre connaissance de la vie du pirate et de comprendre comment il en est arrivé là dans ce petit village, à attendre la mort…Ou pas, finalement….

 

 

En bref : original et décalé mais toujours émerveillement narratif plein d'humour et de surprises.

Vous n'avez pas encore goûté à la plume de Pierre Raufast ? Foncez !!!!

 

A noter, quelques petites touches jetées par-ci par-là (page 16, 114  et 134) qui ne sont pas sans rappeler ses précédents titres, comme clins d’œil lancés aux lecteurs experts.

 

Le site (tout aussi mystérieux) :  Habemus Piratam 



06/10/2018
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