Libre-R et associés : Stéphanie - Plaisir de lire

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Morten Brask : Terezin Plage

Terezin plage de Morten Brask     5/5 (05-01-2012)

 

Terezin Plage (330 pages) est le premier roman de Morten Brask. Il est sorti chez Presses de la Cité le 11 aout 2011. Je commence l’année en beauté avec cette agréable lecture et remercie Presses de la Cité pour cette découverte et les Editions France Loisirs qui ont eu la gentillesse de me l'envoyer !

 

 

 

L’histoire (éditeur) :

 

"Je suis là, les yeux fermés, et autour de moi je sens l'océan et le soleil et l'écume des brisants et les vagues qui me font osciller d'avant en arrière, d'arrière en avant. Quand je m'éveille, l'océan n'est plus là. Le fracas que j'entends est celui des roues du train à bestiaux, le flux et le reflux du wagon qui grince et tangue." Dès son arrivée en 1943 à Terezin, Daniel Faigel, jeune médecin danois hanté par un lourd passé, se retrouve plongé en enfer. Présentée par les nazis comme une "colonie juive modèle", la ville sert en réalité de zone de transit vers des camps d'extermination. Affecté à l'hôpital du ghetto, Daniel passe ses journées à essayer d'arracher à la mort et aux déportations quelques-uns de ses patients. Parmi eux se trouve Ludmilla. L'amour qui naît entre eux leur donne la force de supporter un quotidien ponctué par la peur de faire partie du prochain convoi, dont on sait intuitivement qu'on ne reviendra pas. Comme tous les habitants du ghetto, les deux amants vont bientôt devoir prendre part à une gigantesque mascarade orchestrée par les nazis : l'embellissement du camp en vue d'une inspection de la Croix-Rouge. Saisissant tableau de la vie dans un camp qui servit de vitrine à la propagande nazie, ce roman, écrit dans une langue limpide, met en scène le destin de deux êtres happés par l'histoire, qui s'accrochent à l'espoir, coûte que coûte.

 

Mon avis :

 

Terezin Plage est juste et admirable dans le tableau qu’il fait de la vie dans le ghetto. Il traite d’un fait historique (les camps de concentration) repris mainte fois dans la littérature et pourtant, on y découvre ici un nouvel aspect : lieu transitoire en attente de déportation vers Auschwitz, Theresienstadt, présenté comme une ville modèle juive, était avant tout un lieu de propagande des S.S.  L’auteur apporte beaucoup de crédibilité à son récit et incite ainsi le lecteur à s’intéresser et à en connaitre plus sur cette intrigante bien qu’effroyable forteresse. On s’aperçoit d’ailleurs bien vite à quel point il s’est documenté.

 

Les scènes sont très réalistes, souvent choquantes et parfois insoutenables. Partageant avec les détenus leurs peurs et leurs douleurs, on est toutefois bercé par le sentiment d’espoir que le protagoniste semble ne pas vouloir quitter et par l’envie d’arriver au bout du livre le cœur plus léger. Aussi vraisemblable et riche qu’un document, Terezin Plage reste tout de même une fiction, dans laquelle Morten Brask apporte une touche poétique avec les souvenirs d’enfance du personnage. En effet, Terezin Plage ne se limite pas à un descriptif des atrocités des camps, c’est également l’histoire d’une rencontre et l’histoire d’un homme avec son passé. Au fil des jours, Daniel se remémore sa jeunesse entre son père trop sévère, juge à la cour suprême, et sa mère fragile, dépressive. Ces flash-back donnent des précisions biographiques sur le narrateur et permettent d’en apprendre plus sur l’homme qu’il est aujourd’hui.

Morten Brask a habilement mélangé les faits et les souvenirs : on passe régulièrement du présent (dans le ghetto de Theresienstadt) au passé (dans la maison de Daniel au bord de l’eau), permettant de s’échapper de l’horreur. Même si la transition entre les deux reste parfois brutale, on retrouve au final deux histoires en une. C’est une des raisons qui m’ont fait aimer ce livre, le trouvant à la fois cruel et poétique.

 

Terezin plage reste une lecture tragique sur les camps de concentration de la seconde guerre mondiale. Ce qui change tout de même des autres romans portant sur ce même thème, c’est le parti pris de l’auteur de mettre en avant les sentiments d’amour qui unie les deux personnages principaux, Daniel et Ludmilla. Ce sentiment, pourtant improbable au début du récit, nait et se construit tout au long de l’histoire, portant en lui l’espoir d’une vie meilleure loin de la guerre.

Le début est assez difficile tant les descriptions sont précises, mais l’auteur, avec beaucoup de sensibilité, réussit à faire ressortir une certaine beauté et légèreté. Peu à peu l’horreur fait place à des sentiments plus doux où une pointe de sensualité arrive même à se dégager. Ce sentiment d’Amour apporte au final une certaine beauté au récit. Malgré le désespoir et la cruauté, Daniel tient le coup grâce à l’amour qu’il a pour Ludmilla. Cet amour les aide à dépasser leur quotidien et à deux ils réussissent à se créer des moments de bonheur. On s’attache d’ailleurs très rapidement à ces deux êtres fragiles, chacun trainant son passé douloureux, et on s’inquiète surtout quant à leur sort, d’autant que l’on apprend rapidement que Ludmilla est malade et que diagnostic de la tuberculose ne fait pas de doute.

 

Le style de Morten Brask est limpide, les pages défilent très vite (l’utilisation du présent n’y est pas pour rien) et on est vraiment projeté dans les lieux, ressentant toutes les émotions des personnages : peur, joie, dégoût, tristesse, bonté, soulagement… Terezin plage est un roman poignant, qui touche tous les sentiments et on en ressort fortement ému et touché par la cruauté du contexte historique, par l’amour qui lie Ludmilla et Daniel et par l’enfance de ce dernier. C’est un roman nuancé où l’horreur est adouci par une belle écriture et une triste histoire d’amour : « Elle m’embrasse. Elle suçote ma bouche avec la douceur d’un nuage de sucre glace, un essaim de papillons vole dans mon estomac, je ferme les yeux et plus rien n’existe que les lèvres de Ludmilla contre les miennes » (page 213).  

C’est tout simplement un roman bouleversant !

 

 

Quelques citations :

 

« C’est comme si toute cette misère qui m’entoure grandissait de minute en minute, m’attrapait et s’agrippait à moi pour m’entrainer vers le fond. Il faut que je fasse un effort pour ne pas sombrer dans cet abime (…) »


« Quand je rentre au baraquement Hanovre, après ces soirées passées avec Ludmilla, je ne sens ni la puanteur ni la saleté. Il y a des gens partout, mais je fais le vide autour de moi pour être seul dans la pensée d’elle. Un sentiment d’euphorie bouillonne en moi, me purifie comme une vague bienfaisante, et ma mélancolie reflue avec elle. Je ne peux partager cela avec personne. »



07/01/2012
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