Libre-R et associés : Stéphanie - Plaisir de lire

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Charlotte Pons : Parmi les miens

Parmi les miens de Charlotte Pons   4,5/5 (03-08-2017)

 

Parmi les miens (192 pages) est sorti le 23 août 2017 aux Editions Flammarion.

 

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L’histoire (éditeur) :

 

La mère de Manon est en état de mort cérébrale. La jeune femme décide alors de laisser son mari et son enfant pour retourner vivre avec ses frères et soeurs. Dans cette fratrie, reviennent progressivement à la surface les secrets familiaux autour de leur mère, dont ils n'ont pas tous le même souvenir.

 

Mon avis :

 

Manon, 39 ans, jeune maman d’un petit garçon de 8 mois, vient d’apprendre que sa mère a eu un accident de la route et qu’elle se trouve en réanimation. Avec son frère Gabriel, sa sœur Adèle et leur père, ils sont réunis à son chevet pour entendre la sentence des médecins : coma, lésions motrices et neurologiques irréversibles !

Manon sait, pour avoir effectué un stage en service gériatrique, ce que ces mots impliques et l’état dans lequel va se retrouver leur mère.

«  - Autant qu’elle meure.

J’avais dû le dire à voix haute car dans le regard de mes frère et sœur, j’ai lu l’effroi, j’ai deviné le gouffre qui menaçait toujours de surgir entre nous. Nos liens étaient si ténus. » Page 9

Outre la culpabilité d’avoir annoncé d’indicible, Manon sait la violence de sa déclaration et ce qu’elle risque de perdre avec elle.

« Ce qu’il reste d’une famille une fois les enfant devenus adultes ne tient pas à grand-chose et notre fratrie particulièrement n’attend qu’un prétexte pour exploser. La situation de maman en est un et je devine sans mal que ce qui va se jouer dans les jours – les semaines, les moi – à venir la dépassera complètement. » Page 19

Les jours suivants l’accident Manon décide de s’installer chez son père et entre l’attente, l’attention (qu’elle n’apporte pas vraiment à celle semble déjà partie), et les rapports aux autres houleux et délicats, elle constate ce qu’il reste aujourd’hui de leur famille et repense à certains détails marquants, soulevant une multitude d’interrogations sur la maladie de son frère et son acte terrible envers sa sœur,  cette nouvelle maison où rien n’est entretenu, sa place dans la fratrie et son rapport si délicat avec Elsa, cette femme qu’elle a l’impression de ne pas connaitre, cette femme trop souvent triste et dont le passé reste tenu secret, l’accident sur ce chemin de montagne dont personne n’arrive à expliquer sa présence….

«  Son visage collé au mien, je pouvais observer l’ombre d’une moustache que je ne lui avais encore jamais vue et qui m’attendrit –mon tout petit frère. Derrière son épaule et le voile qui troublait ma vue, je devinais le décor familier de ma chambre. Tout était en ordre, tout était à sa place. Et pourtant : mon frère était en train de me tuer. Celui qui venait du même ventre que moi voulait m’assassiner. » Page 28

« Aujourd’hui encore, le souvenir de la douleur provoquée par son indifférence est intact. » Page 30

 

Parmi les miens est un roman puissant sur la famille dans lequel Charlotte Pons pose, avec franchise (et rudesse aussi parfois)  le problème de la fin de vie à travers le regard, les attentes, les attitudes et les décisions de ceux qui restent.

« Qu’espérions-nous ? Qu’espérions-nous à force  de tourner ainsi en rond, rongés par l’attente, la vie entre parenthèses, chaque jour plus incertains de l‘issue, » page 70

« Si pour moi le dilemme est d’une crudité plus ou moins assumée – maman va-t-elle mourir naturellement ou faudra-t-il l’aider ? -, pour adèle et Gaby, il s’agit plutôt de savoir si elle va mourir ou se rétablir. » Page 81

«  À partir de quand, me dis-je, à partir de quad est-il possible de prononcer le mot « euthanasie » sans passer pour un monstre ? » Page 95

« Il n’est pas seulement question d’euthanasie mais bien du lien que chacun d’entre nous entretient avec elle. Il est question d’être encore un enfant, une bonne fille, un bon fils. Et qu’est-ce que ça veut bien pouvoir dire, être une bonne fille ? » Page 98 

 

Mais au-delà, l’auteure évoque finement, avec douceur et tension,  les liens maternels, les secrets de famille et la transmission. J’ai beaucoup aimé sa plume autant que sa manière d’amener les événements. Son écriture, pleine d’amertume, traduit très justement les relations fraternelles et maternelles de cette famille qui ressemble presque à tant d’autres.

En donnant la parole à Manon, l’aînée, on sent évidement toute la douleur et la colère que la jeune femme porte en elle mais on est davantage porté par le besoin de lever le voile sur les événements qui ont marqués son enfance et l’envie de les voir enfin apaisés.

  

Parmi les miens est un premier roman sans faute qui parle de drame, de mort mais aussi de vie. Charlotte  Pons réussit, sans jamais tomber dans le mélo, à parler très justement des liens familiaux. C’est fort, vrai et touchant.

« Nos vies d’adultes pèsent bien plus que notre historie commune et si elles nous éloignent  les uns des autres, voire nous dressent les uns contre les autres, nous n’ytrouvons rien à redire. Et pourtant, plus que la rancœur, n’est pas la culpabilité et peut-être même la tristesse de ne plus nous aimer inconditionnellement qui nous poussent à nous cogner dessus ? » Page 71



23/08/2017
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