Libre-R et associés : Stéphanie - Plaisir de lire

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Arthur Loustalot : La ruche

La ruche d’Arthur Loustalot   3/5 (02-09-2013)

  

La ruche (186 pages) est paru le 28 août 2013 aux Editions Jean-Claude Lattès.

 

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L’histoire (éditeur) :

 

 « Dans la cuisine, assises à la table, les sœurs boivent des bières et du whisky. Un nuage de fumée les entoure – cigarette sur cigarette. Le rideau est tiré et dehors, la rue est silencieuse. 
Vous vous souvenez de leurs disputes ? demande Claire. 
Oui, on se souvient. Louise jette son mégot dans un cadavre de bière. 
Mais vous vous souvenez de ce que ça nous faisait ? Claire insiste. 
Cette violence ? dit Marion. 
Et ce que ça a laissé en nous, chuchote Claire. 
Vous vous souvenez de la première fois où papa est parti ? répète Marion. Vous étiez toutes petites, peut-être quatre et cinq ans. 
Je me souviens, dit Louise. 
Je me souviens, dit Claire. Ce que je n'arrive pas à voir, c'est l'écart entre ce qu'on a vécu et nos blessures. Bien avant leur rupture, tout était là, d'une manière ou d'une autre, et pourtant… 
On ne sait rien de ce qu'on a vécu. »

 

Mon avis :

 

Rien n’est facile dans ce roman.

 

Le fond d’abord. On assiste à un déchirement familial. Depuis deux ans, au départ de son mari, Alice s’enfonce doucement mais surement dans une dépression qui tourne de plus en plus à la folie. Ses trois filles (Marion, 19 ans, Claire 17 ans et Louise 16 ans) sont à ses côtés et la soutienne, ou la retienne. Mais depuis quelques jours c’est de pire en pire, l’appartement est sans dessus dessous et Alice perd complètement pied. Aujourd’hui, leur père annonce le divorce par lettre, mais aucune des filles ne se sent capable de remettre ce courrier à leur mère. Elles préfèrent la préserver de lui mais surtout d’elle-même.

 

« Il y a plusieurs formes de violence, dit Claire en décapsulant une bière. La nôtre est invisible, et détruit. » Page 20

« Claire sourit, le goulot dans sa bouche.

Tu te souviens, Marion. Tu faisais toujours l’intermédiaire entre les deux. De la chambre au salon. On te suivait, on suppliait avec toi.

Marion sourit. Tu te souviens de ce que ça nous faisait ? L’impression qu’on nous arrachait le cœur ?

Louise dit : ça m’arrachait le cœur. » Page 21-22

 

Ici on fume et on boit trop (de café, d’alcool). Dans cet appartement, étouffant, où les portent se ferment et s’ouvrent constamment, ou les rideaux sont tirés, où l’air se fait de plus en plus pesant (presque manquant) où l’extérieur ne s’immisce pas (juste le temps d’une lettre), les filles tentent de préserver leur mère, de la sauver et surtout de se sauver. Mais elles se rendre peu à peu compte que plus rien n’est possible. Leurs seules échappatoires sont les souvenirs, celui du mercredi crêpe il y a dix ans, de la rencontre, de la demande en mariage…et puis des plus délicats comme la mort de mamie, le départ en week-end à la mer… Tout du long, on vogue entre le présent de plus en plus lourd et le passé qui révèle plus qu’une crise de couple. Elles reviennent ainsi à quatre voix sur cette séparation et sur les nombreux autres faits annonciateurs d’un malaise et surtout d’un début de déchéance morale et physique. Alice apparaît fragile (depuis bien longtemps). Elle s’est peu à peu écarter de la réalité, s’en construisant une nouvelle aux yeux de tous (y compris de ses filles).

 

La forme ensuite. Le style m’a fait penser à un texte de théâtre, pas dans sa forme mais plus dans son style. Chaque son, chaque geste est énoncé, les descriptions sont très courtes (sans plus de détails) mais extrêmement précises.  Les bruits et les paroles ont une grande importance, ils prennent tout l’espace presque, accentuant l’effet de lourdeur.

 

L’écriture est vraiment à l’image de la situation, compressée, étouffante. Elle ne laisse pas respirer le lecteur qui enchaîne les mots. Pas de chapitre, un seul et même texte qui défile sans qu’on puisse reprendre son souffle. La narration se mêle au dialogue (ou inversement). On a beaucoup de mal à distinguer qui parle au début mais tant pis parce que finalement l’important c’est surtout que Marion, Claire et Louise forment un même bloc face à leur mère. Et puis, doucement on apprend à connaître ces trois filles. Marion l’aînée et Claire la plus sarcastique et sèche dans ses paroles (presque brutale) qui maternent et protègent leur jeune sœur Louise (jusqu’à ne pas lui révéler l’essentiel parfois). Une benjamine aussi fragile que leur mère. C’est qu’en 16 ans, elle en a vu des vertes et des pas mûres…. Elles ont toutes grandi trop vite à dire vrai. On a de la peine pour elles, à les voir se battre dans les sentiments de haine, de désespoir et d’amour pour Alice.

 

« Le bouchon d’une autre bouteille saute, la pierre du briquet craque, Claire tire fort sur la cigarette qu’elle allume, Louise remplit les verres vides – tu peux me laisser parler ? Elle demande, Marion répond : oui, mais ne cherche – et Louise dit : maman n’a rien à voir avec eux.» page 52

« Elle débarrasse les tasses de café et pose une bouteille de vin sur la table, elle allume une cigarette, Louise allume une cigarette, et Marion dit :  je me souviens d’autre chose – les souvenirs sont bizarres, hein –cette impression de déchirure, de vide qu’ on a au milieu du ventre – la sensation de n’être jamais entière, il faut bien l’expliquer – mais moi je me souviens du contraire. Claire ouvre la bouteille de vin – où as-tu mis les verres – et Louise ressort les verres du lave-vaisselle, Claire les remplit et dit : explique-toi, et Louise dit : oui le contraire –je ne comprends pas.» Page 123

 

En bref : mitigée quand même. La Ruche est fort et poignant mais dérangeant aussi bien dans le fond que dans la forme. Ces 200 pages m’ont semblé difficiles à lire et en même temps c’est une lecture que j’ai appréciée…allez savoir !

 

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02/09/2013
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