Libre-R et associés : Stéphanie - Plaisir de lire

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Anna Hope : Le chagrin des vivants

Le chagrin des vivants d’Anna Hope   5/5 (24-01-2016)

 

Le chagrin des vivants (400 pages) est sorti le 25 janvier 2016 dans la collection Du monde entier des Editions Gallimard (traduction : Élodie Leplat).

 

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L’histoire (éditeur)

 

Durant les cinq premiers jours de novembre 1920, l’Angleterre attend l’arrivée du Soldat inconnu, rapatrié depuis la France. Alors que le pays est en deuil et que tant d’hommes ont disparu, cette cérémonie d’hommage est bien plus qu’un simple symbole, elle recueille la peine d’une nation entière. 
À Londres, trois femmes vont vivre ces journées à leur manière. Evelyn, dont le fiancé a été tué et qui travaille au bureau des pensions de l’armée ; Ada, qui ne cesse d’apercevoir son fils pourtant tombé au front ; et Hettie, qui accompagne tous les soirs d’anciens soldats sur la piste du Hammer-smith Palais pour six pence la danse. 
Dans une ville peuplée d’hommes incapables de retrouver leur place au sein d’une société qui ne les comprend pas, rongés par les horreurs vécues, souvent mutiques, ces femmes cherchent l’équilibre entre la mémoire et la vie. Et lorsque les langues se délient, les cœurs s’apaisent.

 

Mon avis :

 

Sur 5 jours Anna Hope évoque la vie de 3 femmes, très différentes mais toutes à leur niveau touchée par la guerre 14-18.

Il ya Ada, mariée depuis 25 ans à Jack, dont elle s’est peu à peu éloignée depuis la disparition de leur fils pendant la guerre. Chacun d’eux vit la perte de manière différente, une perte dont elle ne s’est surtout pas remise, croyant régulièrement voir Michael dans les rues de Londres.

Evelyn, issue d’un milieu aisé, a choisi de travailler au bureau des pensions, après avoir été blessée à l’usine de munition. Après la mort de celui qu’elle aimait, elle s’est emplie de colère et de frustration, s’imposant une vie sans bonheur, contrairement  son frère, qui depuis son retour de la guerre passe son temps à boire e à profiter abusivement de la vie.

Et il y a Hettie, une très jeune fille contrainte de travailler pour subvenir aux besoins de sa famille depuis la mort du père  (emporté par la grippe). Son frère, revenu de France mutique et perturbé, est incapable de faire face à ses obligations d’homme de la famille contraignant ainsi Hettie à mettre sa vie personnelle de côté. Alors elle danse au palais comme danseuse de compagnie pour 6 pence la danse avec bon nombre de soldats.

 

Avec la première guerre mondiale en toile de fond, et la préparation de la commémoration du soldat inconnu en fil conducteur, Anna Hope relate avec une très grand humanité la vie de ces femmes (quelque soit leur âge, leur condition sociale, leur profil, leur statut…) aussi  impactées par le conflit que les hommes mais dont il était peu question avant. Elle ne nous apprend rien sur la guerre mais met en lumière ce qui a été peu abordé : les préjudices physiques, psychologiques, relationnels que la grande guerre a engendrés chez celles restées au pays. Le deuil et la reconstruction se dessinent avec comme point culminant ce 11 novembre 1920.

 

Le chagrin des vivants est très bien construit. Ces chagrins sont personnels et vécus de manières distinctes, et pourtant le processus de deuil a quelque chose ici d’universel. Evoqué avec force, réalisme, nuances et beaucoup de sensibilité, il devient collectif lorsque ces trois destins finissent par se rejoindre et apparaitre finalement plus liés qu’on ne l’aurait pensé.

 

Même si le chagrin et le mal être d’Ada, Evelyn et Hettie transpire, ce n’est pas du tout un roman morose et déprimant. Les différents récits s’alternent et sont à chaque fois assez brefs. On s’installe à peine dans la vie de l’une que l’autre vient prendre sa place, pas le temps de s’apitoyer sur la première que la suivante est mise en avant. Les événements et les trajectoires s’enchainent donc avec beaucoup de rythme, comme des petites scènes, en laissant le lecteur s’attacher mais en évidant d’instaurer une ambiance trop pesante.

 

La narration d’Anna Hope est belle, lyrique et vraiment agréable. L’auteure choisit de construire son récit avec une majorité de dialogues, nous faisant vivre leur quotidien, totalement plongés dans cette époque et cette atmosphère (parfaitement bien rendue). Partager ces trois vies c’est finalement partager la vie de toutes ces mères, filles, femmes, sœurs au lendemain de la première guerre mondiale.

D’autre part, cette fiction historique finit par mêler doucement et délicatement les trois destins autour  d’un mystère, accentuant encore plus l’intérêt du lecteur pour finir par l’image d’un tableau de la guerre absolument bouleversant.

 

Evocateur, émouvant, convainquant, loin d’être simple, brillement composé, profond et très humain, Le chagrin des vivants est passionnant. C’est un premier roman remarquable qui place Anna Hope à côté des très grands auteurs déjà bien installés.

Auteure à suivre !!!!!!

 

«  On aurait dit qu’en lui tout le bruit, l’agitation et la vie avaient été désintégrés à l’explosif et que seule restait la coquille vide et silencieuse. » page 99

 

« Alors que le silence s’étire, quelque chose devient manifeste. Il n’est pas là. Son fils n’est pas à l’intérieur de cette boîte. Et pourtant elle n’est pas vide, elle est pleine d’un chagrin retentissant : le chagrin des vivants. Mais son fils n’est plus là. » Page 364



03/02/2016
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