Libre-R et associés : Stéphanie - Plaisir de lire

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Eric Emmanuel Schmitt : Les perroquets de la place d’Arezzo

Les perroquets de la place d’Arezzo d’Eric Emmanuel Schmitt   5/5 (14-08-2013)

 

Les perroquets de la place d’Arezzo (730 pages) est paru le 22 août 2013 aux Editions Albin Michel

 

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L’histoire (éditeur) :

 

Autour de la place d'Arezzo, où les grands platanes ont été envahis par les perruches et les perroquets, vit une des populations les plus huppées de Bruxelles. S'y croisent, dans un voisinage élégant et contrasté, le fonctionnaire et l'étudiant, le bourgeois et l'artiste, la poule de luxe et la veuve résignée, mais aussi la fleuriste et l'irrésistible jardinier municipal. Des couples, des solitaires, humbles ou orgueilleux, conquérants ou vaincus, comme partout dans le monde. Tous gouvernés par leurs passions, leurs désirs, leurs fantasmes amoureux et sexuels. Jusqu'au jour où leur parvient une lettre, anonyme, identique, mystérieuse, qu'une colombe, et non point un corbeau, leur aurait adressée. Comme une bombe à retardement. "Ce mot simplement pour te signaler que je t'aime. Signé: tu sais qui." Et chacun de s'enflammer, de rêver, d'y voir une promesse, un bonheur attendu, une blague, une menace. On peut imaginer, pour le meilleur et pour le pire, le fatal enchaînement d'espoirs, de déceptions, d'embrouilles et de drames qui s’annoncent...

 

Mon avis :

 

Et bien voilà j’en suis venue à bout ! Non pas qu’il aura été fastidieux de lire le dernier Eric-Emmanuel Schmitt, au contraire, c’est juste que j’aurais pris mon temps, lui faisant même des infidélités en lisant deux autres courts romans pendant sa lecture ! Peut-être l’ai-je finalement lu avec parcimonie pour mieux le savourer. En fait Les perroquets de la place d’Arezzo  a été comme un bon feuilleton, que j’aurai suivi en zappant juste pour le plaisir de me replonger dedans.

 

« _ C’est étrange…En général, les lettres anonymes véhiculent des insultes, des ragots, des médisances. Normal qu’on en appelle l’auteur un corbeau. (…)

_ Ici, il s’agit d’autre chose. L’auteur envoie des mots d’amour, des mots qui provoquent l’amour. Ce n’est pas un corbeau.

_ Alors quoi donc ?

_ C’est une colombe. » Page 319

 

Comment vous parler des Perroquets de la place d’Arezzo ? Pas évident tant il s’en passe…  Une quinzaine de personnages reçoivent un mystérieux billet : « ce simple mot simplement pour te signaler que je t’aime. Signé ; tu sais qui. ». Voilà un joli prétexte pour mettre en scène  ces protagonistes et leurs proches. Nous voilà donc lancés (passée une première partie de près de 150 pages de présentation) dans une tragi-comédie qui nous entraîne dans divers familles, couples, foyers, habitants de la place d’Arezzo en Belgique (place étonnante peuplée de perruches vertes). Quand dans la seconde partie, les événements commencent à se mettre en route, le tout s’annonce rapidement riche et captivant. Chacun y va bon train dans les suppositions quant au « corbeau » (ou « colombe »). Certains pensent connaître l’auteur de ces lettres, d’autres spéculent allègrement et enfin certains s’interrogent secrètement. Mais pour beaucoup la vie est bousculée.

 

Il ne faut en aucun cas être effrayé par ces 730 pages. Car en plus d’y lire une histoire à plusieurs intrigues passionnante, on y retrouve la grande fluidité du style d’Eric Emmanuel Schmitt. La finesse et l’humour se côtoient dans un roman qui ne manque pas de répondant et où les plaisirs charnels ne sont pas boudés. Les personnages se renvoient la narration, on enchaîne la lecture d’une histoire à l’autre. Des révélations se font et des voiles se lèvent au bon moment pour qu’on ne puisse se lasser et surtout qu’on ne veuille les lâcher.

 

J’ai trouvé ce livre actuel et très rafraîchissant. Mon plaisir a été crescendo, plus j’en lisais, plus j’adhérai et plus les personnages me sont devenus attachants (pas tous évidement, mais je vous laisse le soin de faire leur connaissance et d’apprécier ou non chacun d’eux), jusqu’à la dernière partie qui a été la cerise sur le gâteau. Caléïdoscope de notre société actuelle qui hésite sans cesse entre ses désirs, le bonheur, les contraintes, les obligations… Eric Emmanuel Schmitt, explore toutes les facettes des relations amoureuses (sentimentales  et sexuelles) : homosexualité, se faire entretenir, couple à trois, amour intéressé, amour clandestin, amour d’adolescent, absence de libido… Entre bonheur, plaisirs et chagrins, il se joue pas mal de drame sur la place d’Arezzo, mais des liens se créent également (certains assez inattendus). L’auteur a créé ici un microcosme où l’érotisme est omniprésent, et dont les scènes et les personnages reflètent notre société. Travers et mérites sont distillés dans des caractères que l’on suit avec intérêt et dont les dialogues sont parfois aussi crus que drôles.  

 

« Il fonctionne bien, votre point G à vous ?

Marcelle, tenant contre elle un plat qu’elle martyrisait avec un torchon de lin sous prétexte de l’essuyer, revenait de la cuisine pour discuter avec Mademoiselle Beauvert et ce qui la préoccupait.

_ Je dis ça parce que moi, le point G, je l’avais avant même qu’on le découvre. J’ai été une pionnière. Dès mes dix-sept ans, alors que personne n’en parlait à l’époque, je l’avais repéré. Incroyable, non ?

Mademoiselle Beauvert, refusant de favoriser la confidence, ne répondit pas. Frottant la faïence avec une énergie renouvelée, Marcelle continua :

_ Faut dire que j’ai peu de mérite : je suis faite pour ça. Dès qu’on me rentre dedans, c’est parti.

Elle approuva plusieurs fois de la tête, s’assurant au milieu de ses souvenirs qu’elle énonçait bien la vérité.

_ A chaque fois, paf ! Accroche-toi aux rideaux !

Elle opina, puis contente d’elle, releva les yeux, s’étonna du silence de sa patronne.

_ Et vous, mademoiselle, le point G ?

_ Marcelle, ce genre de conversation…

_ D’accord, j’ai compris : le point G, ce n’est pas votre truc. Y a des femmes comme vous. A foison. Parait que ça serait la majorité. Les malheureuses…On n’est pas toutes égales à ce niveau-là. Enfin, en même temps, vous avez des avantages que je n’ai pas.

_ Quoi donc ?

_  L’argent. L’éducation. La classe.

_ Merci Marcelle.

_ Oui, franchement, vous avez été gâtée. Parce que moi, mis à part que j’attire les hommes et que je dispose du point G, j’ai été mal servie. » Page 384-385

 

En bref : un roman long mais pas longuet. Un roman riche qui se révèle addictif. Une très bonne parution de cette rentrée littéraire. Un Eric Emmanuel Schmitt érotique étonnant !

 

« Encyclopédie de l’amour par Baptiste Monier, extraits.

Amour. 1- Problème entre les humains que certains prennent pour une solution. 2- Egoïsme qui trouve un équilibre provisoire avec l’égoïsme d’autrui. 3- Faculté exceptionnelle d’intérêt pour l’autre et de désintérêt pour soi. 4- Sujet de roman. (…)

Pénétration. 1 – (Pour un homme) Résultat de plusieurs diners au restaurant, de quelques soirées au théâtre, d’un abonnement chez le fleuriste. 2- (Pour une femme) Manière de récompenser un homme lui ayant répété qu’elle était belle. 3- (Médecine)  Pratique risquée (maladie, enfants…). 4- (Rare) Signe d’amour extrême. (…)

Vagin. 1- Partie intérieur de la femme, objet d’une véritable obsession chez les hommes. 2- Récompense parfois donnée au pénis méritant. 3- Zone mystérieuse et effrayante pour l »homosexuel. 4 – Zone de jeux incessants pour la lesbienne. » Page 696-697 

 

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16/08/2013
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