Libre-R et associés : Stéphanie - Plaisir de lire

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Eric-Emmanuel Schmitt : L'Enfant de Noé

L'Enfant de Noé d’Eric-Emmanuel Schmitt   5/5 (15-10-2013)

 

L'Enfant de Noé est paru chez Albin Michel (189 pages) en 2004, puis en version poche chez Le livre de poche (122 pages) en janvier 2008 et enfin dans une version scolaire en 2010 chez Magnard  (136 pages) le 3 mai 2010 dans la collection Classiques & contemporains.  Ce roman fait partie du Cycle de l’Invisible, composé de MilarepaMonsieur Ibrahim et les fleurs du CoranOscar et la dame roseL'Enfant de Noé et Le Sumo qui ne pouvait pas grossir.

 

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L’histoire (éditeur) :

 

" - Nous allons conclure un marché, veux-tu ? Toi, Joseph, tu feras semblant d'être chrétien, et moi je ferai semblant d'être juif. Ce sera notre secret, le plus grand des secrets. Toi et moi pourrions mourir de trahir ce secret. Juré ? - Juré. "

1942. Joseph a sept ans. Séparé de sa famille, il est recueilli par le père Pons, un homme simple et juste, qui ne se contente pas de sauver des vies. Mais que tente-t-il de préserver, tel Noé, dans ce monde menacé par un déluge de violence ? Un court et bouleversant roman dans la lignée de Monsieur Ibrahim... et d'Oscar et la dame rose qui ont fait d'Eric-Emmanuel Schmitt l'un des romanciers français les plus lus dans le monde.

 

Mon avis :

Troisième roman que je lis cette année d’Eric-Emmanuel Schmitt (après Les Deux messieurs de Bruxelles et Les perroquets de la place d’Arezzo) et encore une fois j’ai passé un excellent moment, voire peut-être même le meilleur. L’enfant de Noé est de ces romans que vous commencez en sachant d’emblée que vous ne décollerez vos yeux du texte qu’une fois la dernière page tournée.

 

Le narrateur revient sur un moment fort de sa vie, ce qui a fait l’homme qu’il est aujourd’hui : sa séparation d’avec ses parents au moment de la persécution juive en 1942, puis ses années au pensionnat. Agé de 7 ans à l’époque, Joseph quitte ses parents pour goûter à une nouvelle vie de noble en compagnie de la comtesse de Sully (c’est surtout pour éviter d’être envoyé en camp qu’il se fait passer pour un neveu). Mais les mensonges ne peuvent être éternels et encore moins face à la police allemande, alors il est ensuite confié au Père Pons (« - Le père Pons, demandai-je, a-t-il un rapport avec la pierre ponce ? »). C’est parti pour des kilomètres à vélo en compagnie de ce prêtre chauve, avec beaucoup de coup de pédales, quelques blagues et des fous rires mais aussi quelques frayeurs en croisant le gros Jacques. Arrivés chez Mlle Marcelle, il devient Joseph Bertin, et ne trouvant pas de famille d’accueil, il finit à la Villa Jaune, comme pensionnaire à l’école du père Pons.

« Je songeais à ces différences inédites : externes, demi-pensionnaires, pensionnaires. Il  me plaisait que ce ne fut pas seulement un ordre mais une hiérarchie : de l’écolier sommaire à l’étudiant complet en passant par le demi-élève. J’accédais donc d’emblée à la classe supérieure. Frustré de noblesse les jours précédents, j’étais content qu’on me conférât cette distinction supplémentaire. » Page 58 de l’édition Albin Michel

Sur place, Rudy lui est imposé parrain, et les deux garçons deviennent tout de suite amis. Quand ils suspectent des activités sécrètes de la part du père Pons (marché noir, résistance ?) ils se prêtent volontiers au jeu de l’espion mais la vérité va transformer le petit Joseph a tout jamais.

 

«  - Nous allons conclure un marché, veux-tu ? Toi, Joseph, tu feras semblant d’être chrétien, et moi je ferai semblant d’être juif. Tu iras à la messe, au catéchisme, tu apprendras l’histoire de Jésus dans le Nouveau testament, tandis que moi, je te raconterai la Torah, la Michna, le Talmud, et nous dessinerons ensemble les lettres de l’hébreu. Veux-tu ? » Page 98

 

Comme à l’accoutumée, je me suis facilement laissée porter par les mots de l’auteur. Même si Joseph a grandi (et est un homme au moment où il raconte ces événements) le ton enfantin plein d’humour et d’innocence guide l’intrigue, dont le thème principal est sans équivoque la tolérance. L’enfant de Noé met joliment en avant une catégorie discrète de la population désignée comme Juste parmi les nation (Définition  au sens politique : façon d’honorer et de saluer, au nom du peuple juif, les non-Juifs qui, malgré les grands risques encourus pour eux-mêmes et pour leurs proches, ont aidé des Juifs à un moment où ils en avaient le plus besoin) dont Andrée Geulen est une figure emblématique belge (illustrée par la première pharmacienne de Belgique, Mademoiselle Marcelle dans le roman ?), sauvant près de 4000 enfants juifs. 

 

Le roman, comme un conte, est plein de clichés mais ne m’a à aucun moment déçu. Les dialogues sont savoureux, plein de réparti (Joseph m’a tellement fait sourire !) et le père Pons m’a étonnée par ses réflexion sur la religion. On trouve d’ailleurs ici quelques réflexion philosophique (ou théologiques) bien agréables.

« - vous voulez dire que, quoi qu’il arrive, Dieu s’en fout ?

- Je veux dire que, quoi qu’il arrive, Dieu a achevé sa tâche. C’est notre tour désormais. Nous avons la charge de nous-mêmes. » Page 120

Alors, oui, traiter le sujet de la persécution juive en moins de 200 pages est un pari risqué et délicat (peut être aussi un peu malhonnête) mais j’ai aimé la façon dont l’auteur a choisi de gérer ce thème, faisant presque de son livre un roman jeunesse. Ce n’est pas pour rien qu’il a été récemment édité dans une version scolaire destiné aux collégiens. En effet, aussi bien par le choix de son narrateur, du style tout en légèreté et par la brièveté, L’enfant de Noé est un livre tout à fait abordable pour un public jeunesse dès 12, 13 ans. Il est certes peu développé, mais suffisamment pour apporter son lot d’émotion (autant au niveau des personnages que de l’Histoire) et même quelques frissons (cet homme sur le tracteur reste un des souvenirs de Joseph qui m’a le plus touchée).

 

Pour en revenir à l’écriture d’Eric-Emmanuel Schmitt, les phrases, les évènements et les dialogues s’enchainement fort bien. Le lecteur est pris dans un tourbillon de tendresse et d’humour (en complète opposition avec les événements extérieurs dont il est peu question, juste suggérés).

 

Alors si vous voulez savoir pourquoi et comment Joseph devient l’enfant de Noé, lisez ce roman !

 « En me penchant, je remarquai les objets perdus par les gosses. Je ramassai une kippa et un foulard palestinien. J’enfouis l’une dans ma poche droite, l’autre dans la gauche.

-Qu’est-ce que tu fais ? me demanda Rudy

-Je commence une collection. » Page 188

 

 

Lecture partagée avec Natiora.

 

L’enfant de Noé version bulle de South Park c’est par  ici

 

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19/10/2013
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