Libre-R et associés : Stéphanie - Plaisir de lire

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Valerie Geary : Celles de la rivière

Celles de la rivière de Valerie Geary      4/5 (17-12-2015)

 

Celles de la rivière (400 pages) est disponible depuis le 4 novembre 2015 aux Editions Harlequin, dans la collection Mosaïc.

 

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L’histoire (éditeur) :

 

La femme qu’emporte la rivière Crooked flotte entre deux eaux. Sur la rive, deux fillettes qui jouent dans l’après-midi ensoleillé. Elles sont les premières à découvrir le corps et, soudain, leurs jeux cessent. Leur enfance bascule dans la dureté du monde des adultes. La veille, leur père les a laissées seules suffisamment longtemps pour qu’elles puissent le croire coupable de meurtre. Pour ne pas le perdre, comme elles ont perdu leur mère quelques semaines auparavant, elles décident de mentir sur son emploi du temps… et resserrent bien malgré elles les mailles du soupçon autour de lui, le livrant en pâture à une petite ville dont les préjugés et les rancunes lui laissent peu de chances…

 

Mon avis :

 

Après le décès inattendu de leur mère, Samatha et Olivia McAlistair, 15 et 10 ans, viennent  vivre chez leur père,  dans la prairie appartenant à Zeb et Franny, que les filles considèrent comme leurs grands-parents, dans la petite ville rurale de Terrebonne. Ours, leur papa, un apiculteur solitaire installé dans un tipi depuis 8 ans, doit pouvoir montrer qu’il est apte à prendre soin de ses filles qu’il ne voyait que durant les vacances, sans quoi leur garde lui sera déchargée.

Un jour d’exploration dans la forêt voisine, le long de la rivière Crooked, elles tombent sur le corps sans vie d’une jeune femme flottant dans l’eau avant d’être emporté par le courant. Les griffures sur le visage de leur père, la veste tachée de sang trouvée dans sa besace et son absence mystérieuse la veille ne laissent rien présager de bon pour la suite des événements. Sam, partagée entre son éventuelle culpabilité, la peur de le perdre et l’envie de croire en son innocence, la poussent à dissimuler les indices pour tenter de le protéger. Malgré tout, et peut-être à cause de, l’homme est rapidement mis en état d’arrestation pour le meurtre de Taylor Bellweather.

« Elle ne veut pas parler. Elle est comme moi, elle a peur que les autres ne voient que ce qu’ils sont envie de voir, et pas ce qu’il y a pour de vrai. Ils arrêteront de cherche la vérité. » Page 123

 

Moitié thriller, moitié roman fantastique, et aussi un peu roman d’apprentissage, Celles de la rivière est un très beau titre qui m’a procuré un grand plaisir. J’aime beaucoup les livres classés adulte ayant pour protagonistes et narrateurs des adolescents (voire des enfants) et dont l’intrigue est présentée de leur point de vue. Leur manière d’appréhender les situations est plus innocente, simple et en même marquante parce que souvent plus profonde (ils perçoivent ce que nous ne voyons plus). celui-ci m’a donné l’occasion de découvrir les événements de manière alternée à travers le regard de Sam, une adolescente réfléchie, responsable et touchante qui décident de mener son enquête, et celui d’Ollie, sa jeune sœur ultrasensible, un peu en retrait, qui a cessé de parler depuis la mort de leur mère, par peur que les esprits ne lui prennent sa parole.

L’histoire apparaît alors sous deux angles différents, l’un plus surnaturel et l’autre plus terre à terre, mais progresse de façon complémentaire et cohérente.

« Il y a beaucoup d’ombres dans la voiture. Ainsi, je vois celle de la rivière, assise à l’arrière, juste derrière ma sœur. Ses dents sont comme des crocs. Ses yeux, des pierres noires et froides qu’elle pose sur moi. Elle ondule et elle crache. Elle veut que je lui prête ma voix. Elle veut que je dise Ce n’est pas juste. Ce n’est pas lui. Mais je ne peux pas.

Je ne le ferai pas.

Si je le fais pour elle, alors il faudra que je le fasse pour tous les autres, et mes mots – les miens, ceux qui sont à moi, rien qu’à moi et à personne d’autre – n’auront plus du tout d’importance. Ils seront jetés, enterrés profondément et piétinés par tous les autres. » Page 142

 

Ce n’est pas tant la résolution du crime qui m’a véritablement passionnée (je me suis vite doutée de certaines choses) mais davantage la construction du livre, le choix des narrateurs, les personnages (et leur histoire) et surtout le rapport à la nature et aux liens familiaux.

Les portraits des fillettes sont façonnés avec beaucoup de sensibilité, de retenue et de crédibilité. je me suis tout de suite attachée à elles (à Sam surtout) et à leur père Ours, qui a beau être un Hermite un peu froid, n’en reste pas moins une très belle homme, proche de la nature et des choses simples et vraies. La famille est abordée avec beaucoup de tendresse à travers une écriture fine, délicate et chargée d’émotion, qui place la rédemption au cœur de l’intrigue.

«  On est restées devant la fenêtre jusqu’çà ce que la lune se cache derrière les arbres et que la grange ressemble à un gros monstre dans le noir, jusqu’à ce que l’air de l’intérieur ressemble à celui de l’extérieur et que le chant des grenouilles et des criquets soit plus fort que nos pensées. Quand on est  retournées dans nos lits, on a laissé la fenêtre ouverte et les rideaux voler.

Cette nuit-là, j’ai rêvé de nous avec des peintures sur le visage. On se faufilait ensemble dans les bois pour chasser les lapins en hurlant comme des loups. C’était la vie sauvage. Et quand des gens venaient nous chercher, on se cachait dans les hautes herbes ou dans les branches, et Ollie mettait son doigt devant sa bouche, et personne ne nous trouvait. Au bout d’un moment, ils finissaient par s’en aller. Ils partaient et nous laissaient à notre nature sauvage. » Page 150

 

Même si l’histoire n’est pas une excellente enquête policière, Celles de la rivière n’est pas à découvrir simplement pour son côté thriller mais pour son ensemble : une jolie plume, des personnages touchants, la nature (simple mais évoquant) et la famille mises au premier plan de belles manières et une touche de surnaturel qui l’agrémente très bien (sans tomber dans l’invraisemblance).

Fortement marqué par les drames familiaux que vivent ici les personnages, Celles de la rivière aura été pour moi un bon et fort moment de lecture. Je renouvellerai l’expérience  Valerie Geary avec plaisir.



21/12/2015
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