Libre-R et associés : Stéphanie - Plaisir de lire

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Sarah Cohen-Scali : Max

Max de Sarah Cohen-Scali    4/5 (15-09-2013)

 

Max  (480 pages) est paru le 31 mai 2012 dans la collection Scripto des Editions Gallimard Jeunesse.

 

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L’histoire (éditeur) :

 

"19 avril 1936. Bientôt minuit. Je vais naître dans une minute exactement. Je vais voir le jour le 20 avril. Date anniversaire de notre Fürher. Je serai ainsi béni des dieux germaniques et l'on verra en moi le premier-né de la race suprême. La race aryenne. Celle qui désormais régnera en maître sur le monde. Je suis l'enfant du futur. Conçu sans amour. Sans Dieu. Sans loi. Sans rien d'autre que la force et la rage. Je mordrai au lieu de téter. Je hurlerai au lieu de gazouiller. Je haïrai au lieu d'aimer. Heil Hitler !"Max est le prototype parfait du programme "Lebensborn" initié par Himmler. Des femmes sélectionnées par les nazis mettent au monde de purs représentants de la race aryenne, jeunesse idéale destinée à régénérer l'Allemagne puis l'Europe occupée par le Reich.

 

Mon avis :

 

Un fœtus noir sur un fond rouge, avec un brassard croix gammée au bras et de multiples mesures qui entoures son corps,  quelle couverture n’est-ce pas ?  Pour un roman qui traite en majeure partie des  Lebensborn, impossible de faire mieux.

 Le narrateur, parce que c’est de lui qu’il s’agit, débute son récit le veille de sa venue au monde. Un peu de patience, il va arriver. Il attend le bon moment. Le meilleur moment.

 

« Et maintenant qu’il est minuit passé, j’y vais.

Je sors !

Vite ! Le plus vite possible ! je veux être le premier de notre Heim à naître le 20 avril. Dans les salles d’accouchement, j’ai déjà plusieurs rivaux potentiels. Il me faut les devancer, ne serait-ce que d’une seconde.

Encouragez-moi !

Pensez à ce que je vous ai dit : je DOIS être blond. Je DOIS avoir les yeux bleus. Je DOIS être vif.

Elancé.

Dur

Coriace

De l’acier de Krupp.
Je suis l’enfant du futur. L’enfant conçu sans amour. Sans Dieu. Sans loi. Sans rien d’autre que la force et la rage.

Heil Hitler ! » Page 19 de l’édiction France Loisirs

 

 

C’est donc le 20 avril 1936 que la mère de Max (triée sur le volet) donne naissance à un enfant parfait, contribuant ainsi au développement de la race aryenne pure et dominante. Max, de son vrai nom Konrad Von Kebnersol (avec un K comme Krupp,et la contraction de docteur Ebner et de Max Sollmann, respectivement directeur médical et administratif du programme  Lebensborn), nous raconte de façon très directe son enfance et son endoctrinement (déjà commencé dans le ventre de sa mère) à la cause nationale.

 

« Personne encore ne sait ce que signifie réellement Lebensborn, le nom de code de notre programme. Je vous le dis mais ne le répétez pas. Ça veut dire « fontaine de vie ».Page 14

 

J’avais déjà lu quelques romans parcourant ce thème  mais jamais en  l’abordant avec tant de profondeur. Max est une immersion totale dans les jeunesses hitlériennes et la politique d'eugénisme de l’Allemagne nazie. Le sujet est déjà fort et délicat, mais quand en plus il est raconté de la bouche d’un gamin, c’est encore plus troublant. Ajouter à cela que ce gamin est voué corps et âme au Führer, inutile de vous préciser qu’il aborde les faits de façons plus que tranchée.

 

Peut-on alors s’attacher à cet enfant ? Difficile à dire. Ma lecture a été partagée entre la pitié  et le dégoût. Le lavage de cerveau dont il a fait preuve justifie en grande partie son comportement, mais son absence de morale et  de conscience par moment dépasse l’entendement.  Il est froid, et seulement habiter par la peur de ne plus correspondre au modèle de perfection instauré par ses pères. C’est grâce aux rencontres qu’il fait (les plus inattendues et les plus improbables sans doute) que l’on apprend finalement à s’émouvoir de sa situation et à apprécier d’avantage ce petit être imbu de sa personne et .insensible.  Mais avant d’en arriver là, il vous faut encaisser les dénonciations gratuites, le fanatisme difficilement concevable, la violence, les viols et la mort, le tout abordé avec un détachement déconcertant. Car Max est dominé par un seul sentiment : la fierté de servir la cause, le tout servi avec une naïveté déconcertante.

 

« Bientôt , quand la guerre aura commencée, des Françaises, des Belges, des Hollandaises rejoindront nos Frauen allemandes. Elles afflueront de partout ! Toutes seront fécondées par des SS !

Une semence aryenne. Un réceptacle diversifié mais trié sur le volet et, au final, un produit unique.

Nous.

L’armée des enfants blonds aux yeux bleus.

L’armée du futur. » Page 60

 

Sarah Cohen-Scali a eu le culot de choisir un narrateur différent : un bébé. C’est assez déstabilisant au début, surtout qu’elle choisit de donner la parole au camp des bourreaux plutôt qu’à celui des victimes. Ça fait clairement froid dans le dos !  

Max est un roman aussi direct dans les faits quand dans le style. Max s’adresse constamment aux lecteurs, allant jusqu’à l’interpeller. J’ai adoré l’accroche et son style m’a tenu en haleine autant que le sujet qui est aussi affligent qu’intéressant. Max est une lecture à conseiller aux  lycéens pour aborder la seconde guerre mondiale de façons plus poussée que ce que leur livrent les manuels scolaires (attention tout de même à ne pas laisser les jeunes lecteurs aborder ce texte sans accompagnement, car certains passages ne sont pas faciles) . L’auteure par le biais de son narrateur explique un passage délicat de l’histoire allemande, sans prendre la moindre pincette, sans tabou, ni réserve.  J’avoue que certains passage sont limite, crus et malsains, mais on ne peut écarter le fait qu’il s’agisse malheureusement d’un pan de l’Histoire que Sarah Cohen-Scali ne fait qu’évoquer sans avoir besoin d’en rajouter.

 

Le travail de recherche qu’elle a accompli est remarquable. Bien que Max soit un personnage imaginaire, tout ce et ceux qui l’entourent sont vrais et réels. C’est très bien documenté sans pour autant tomber dans le document, ce que j’ai trouvé très appréciable. J’ai eu le sentiment d’évoluer dans une histoire, d’être entraînée par le mot du narrateur sans ressentir le moindre étalage d’informations. Point d’overdose, au contraire j’ai  trouvé que l’Histoire et l’histoire se mêlaient à la perfection. Les mots employés (marqués par un vocabulaire allemand, heureusement largement traduit) sont simples et ponctué d’humour noir grinçant.  

 

« Abi a l’air gentille, mais finalement, je me demande si ce n’est pas une salope, comme l’étaient les Braune Schwester. Je me demande aussi si l’américanisation va être aussi rude que la germanisation à Kalish. » Page 461

 

En deux mots : Max est un roman provocant et passionnant à lire sans hésitation ! 



16/09/2013
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