Libre-R et associés : Stéphanie - Plaisir de lire

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Olivier Ka : Janis est folle

Janis est folle d’Olivier Ka  3,75/5 (25-08-2015)

 

Janis est folle (264 pages) est disponible depuis le 9 Septembre 2015 dans la collection DoAdo noir  des Editions du Rouergue.

 

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L’histoire (éditeur) :

 

"Ma mère est folle. 
Je le dis simplement, comme j'aurais pu faire remarquer qu'elle est petite, qu'elle a les yeux bleus ou les ongles courts. Ma mère est folle, elle a toujours fait des choses bizarres, hors de propos. Elle n'est pas malade, non. Elle n'est pas atteinte d'une folie qui se guérit. Elle est seulement décalée par rapport au monde dans lequel elle évolue. Elle n'est pas au même rythme. Elle vit à contretemps."
Titouan l'aime plutôt, cette vie chaotique que lui fait vivre sa mère, jamais plus de trois mois dans le même lieu. Sauf que cette fois-ci, il commence à avoir peur. En fuite dans leur vieille Volvo break, sans fric, Titouan et Janis foncent sur des routes paumées. Pour trouver quoi, au bout de leur cavale? 
Un roman d'amour et de folie, à dévorer à toute vitesse.

 

Mon avis :

 

Janis est folle est le récit de Titouan Phidias, un adolescent de 15 ans, fils d’une très jeune mère instable. D’une grande maturité, il parle de la folie de sa mère, de ses décalages et de ses phrases hors propos. Et malgré une légère déception d’avoir une mère comme ça, de ne pouvoir se poser pas plus de trois mois au même endroit, de ne rien partager avec personne d’autre, l’habitude de cette vie chaotique lui permet aujourd’hui d’en tirer un certain bénéfice : chaque jour est une surprise et il ne compte plus les découvertes.

« Je ne tente plus de la raisonner ou de chercher à comprendre ses décisions. Je ne désire plus qu’elle change. Je la suis, je l’observe, je prends garde à elle, et c’est très bien comme ça. » Page 27

Mais combien de temps encore Titouan sera-t-il capable de supporter Janis et sa folie ?

« Ma mère s’appelle Janis. Elle est effacée, discrète, farouche. Elle ne regarde pas les gens dans les yeux. Quand elle sourit, ce qui est assez rare, on dirait juste qu’elle ouvre la bouche pour dire quelque chose mais que rien ne sort. Il m’arrive de l’observer, longuement, d’essayer de deviner ce qui se passe dans sa tête. A chaque fois, j’éprouve de la tristesse. » Page 12

« J’ai toujours l’impression que ma mère court après quelque chose qui lui échappe sans cesse. (…) Je lis le trouble dans son regard, on dirait deux flaques dans lesquelles on vient de laisser tomber une poignée de cailloux. » Page 17

« La folie de ma mère est en train d’évoluer, de prendre une teinte sombre, à la manière d’une éclipse de soleil se mettant doucement en place. (…) jusqu’à présent, elle montrait une douce démence qui pouvait m’agacer par moment amis qui, la plupart du temps, était amusante. (…) mais aujourd’hui, c’est différent. Son comportement me fait peur. On la dirait sur le point de mordre. »Page 40

Ce soir, Titouan et sa mère dorment au camping des Chênes Verts (après six nuits passées dans le break Volvo). Depuis que Janis a mis le feu à l’appartement du type pour lequel elle s’était entichée, c’est comme s’ils étaient en fuite. Et comme une évidence, elle a pris la décision d’aller vers les Pyrénées….ou pas….

 

J’ai trouvé que ce roman manquait de vraisemblance, ou plutôt, je n’avais pas envie de croire que ce récit puisse être possible. On s’accroche vite à Janis et Titouan, que l’on regarde avec tendresse, interrogations, inquiétude, agacement et beaucoup de tristesse (de les voir tourner en rond et sombrer).

Janis est folle n’est pas à mettre entre toutes les mains. C’est un  roman adolescent noir et particulièrement déroutant. A partir de 15 ans, on peut se laisser emporter par cette cavalcade un poil dérangeante et malgré tout étrangement addictive, parce que suivre ces deux êtres en perdition, c’est passer par divers sentiments : consternation, doute, peur, espoir et attachement.

« C’était un moment agréable. Comme si notre vie venait de prendre un sens. Comme si nous étions faits pour cela : déraper et retomber sur nos pattes.

Et puis, les choses se calment. Comme toujours. Et avec le calme vient le spleen. (…) En elle, une marée noire monte, je le sens. Ses pensées s’assombrissent. C’est le contrecoup de tout ce qu’on vient de vivre. Le retour de manivelle » Page 65-66

 

Ai-je aimé l’histoire ? Comme les émotions qui traversent le narrateur pendant cette lecture, ce roman m’a donné la sensation d’être sur des montagnes russes. Mais en fin de compte, il m’a fortement touchée m’a laissé sur une forte impression plutôt positive.

Le problème vient du fait que l’on ne sait pas à quoi s’attendre avec eux et certainement pas à tout ça. Alors  certains événements sont plus dérangeants que d’autres et ont plus de mal à passer. Mais le message est bien là et Olivier Ka réussit à construire une histoire très délicate sur la famille et sur une relation mère-fils hors norme.

« Ça fait une heure qu’on roule dans la nuit.

Une heure qu’on traverse un tunnel sombre dont on ne connait pas l’issue. Peut-être que ça ne finira jamais et qu’on ne fera plus que ça, toute notre vie : avancer à l’aveugle dans une galerie infinie. Ou alors, peut-être qu’on va atteindre un ravin et qu’on va plonger dans le vide. » Page 183

 

Un point ou deux m’ont particulièrement touchés : le choix du narrateur et l’écriture. Pas vraiment de surprise au final à écouter Titouan plutôt que Janis mais j’ai apprécié avoir affaire à un adolescent de 15 ans paumé qui hésite entre se construire en tant que personne et continuer à être le compagnon de route de Janis. Ses prises de consciences et ses réactions ne sont pas toujours justes mais quoi de plus naturel à son âge et dans sa situation.

La plume de l’auteur donne un poids supplémentaire aux mots. C’est fluide, mais poétique (sans tomber dans le suranné). C’est beau et puissant par moment, apportant de la beauté au langage simple d’adolescent. 

 

Quête de vérité brutale et road trip angoissant, Janis est folle est un roman détonnant et assez troublant.

 

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14/09/2015
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