Libre-R et associés : Stéphanie - Plaisir de lire

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Marie Desplechin, Sothik Hok et Tian : Sothik

Sothik de Marie Desplechin (Auteure), Sothik Hok (Auteur) et Tian (illustrateur)   3,75/5 (27-09-2016)

 

Sothik  (96 pages) est sorti le 14 septembre 2016 dans la collection Médium Grand Format de L’école des loisirs.

 

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L’histoire (éditeur) :

 

Sothik est né en 1967 dans un Cambodge en pleine tourmente. Il a trois ans, quand la guerre civile fait rage, huit ans quand les Khmers rouges prennent le pouvoir. Du jour au lendemain, tout change. L’argent est aboli, les livres sont détruits, la religion interdite, la propriété privée n’existe plus. Sothik et sa famille doivent quitter leur maison en laissant tout derrière eux et prouver sans cesse leur obéissance au nouveau régime. Mais cela ne suffit pas ! Les Khmers rouges décident brutalement d’enlever les enfants à leurs parents afin de mieux les éduquer. Sothik rejoint un groupe d’enfants de son âge. La famille n’existe plus, la terreur et la famine s’installent...

 

Mon avis :

 

Avant d’entrer dans la biographie, le livre s’ouvre sur une carte (dessinée de manière la plus simple et compréhensible par Tian) et par une explication quant à sa naissance. Marie Desplechin nous explique sa rencontre avec Sothik et comment elle en est venue à faire ce roman. Un roman qui se révèle comme quelque chose de nécessaire pour l’homme (qui semble avoir garder depuis trop longtemps cette histoire), et pour nous, lecteurs français, afin de prendre connaissance de l’Histoire du Cambodge et de ce que son peuple a vécu.

 

Sothik est né en 1967, de Bun Seng, un père employé dans l’industrie du tabac, et de Thol, une maman débrouillarde et habile qui s’occupe à temps plein de la famille (d’un frère et d’une sœur ainé et du petit dernier Socheat, que Sothik a bien du mal à accepter). La vie est belle et tranquille, (même si l’éducation du père est dure et sévère) dans ce village de Kompong Cham, où la famille propriétaire de quelques terres, est considérée comme aisée.

Mais le pays subit la guerre (celle des Etats Unis contre le Vietnam voisin) et Sothik et les autres doivent faire avec les bombardements (plus de deux millions de bombes y sont déversées par les américains entre 1969 et 1973) dont sont victimes son oncle et sa tante. Les habitants n’en peuvent plus et se rangent de plus en plus du côté des communistes cambodgiens (Khmers Rouges), révolutionnaires qui promettent la fin des combats (que le gouvernement, du côté des USA, n’entend pas abréger). L’armée de la forêt arrive en 1970 et une nouvelle guerre commence….

 

Racontée très simplement, au présent, de la bouche de Sothik, cette histoire se révèle d’une grande intensité. Elle est abordable des plus jeunes (parce que le vocabulaire est simple, tout est ben expliqué sans lourdeur ni longueur et que le narrateur va à l’essentiel) et addictive (il est difficile d poser le livre avant d’en tourner la dernière page).  On s’attache tout de suite à Sothik et ce qu’il vit, ainsi que sa famille, touche le lecteur qui prend conscience (en peu de mots) de la terreur et de l’injustice imposées par les Khmers rouges racistes, anti-propriété, anti intellectuel, prônant justice, pureté et égalité mais imposant surtout dénonciation, renonciation, ignorance et peur.

 

« Très vite, ils n’ont plus le droit de rien posséder du tout, ni meuble, ni vêtement personnel, ni livre, ni montre, ni objet. Plus de propriété, plus d’injustice. Ça parait logique. Une logique de fin du monde. » Page 38

« Dans le projet de ses dirigeants, tout le monde doit penser comme eux. Quoi de plus égal qu’une seule pensée pour tous ? Pour empêcher les idées dangereuses de se développer, il faut prendre très tôt le contrôle de l’esprit des enfants. Donc les enlever à l’influence de leurs parents. » Page 41

 

Mais, si la gravité s‘impose, Sothik a su conserver dans les lignes l’insouciance de l’enfant qu’il était. Avec ses amis, il continue à jouer, s’ennuie et se révèle très combatif (et bien inconscient !). Il y a d’ailleurs parfois dans le texte une espèce de détachement qui relève plus de l’absurdité des situations et de la puissance de l’endoctrinement que de ce que Sothik peut véritablement ressentir, comme si l’enfant d’alors était revenu nous conter son histoire, sans haine ni mépris. C’est très touchant et en même temps plus déstabilisant.

« On peut remarquer que, si nos pyjamas ne sont pas souvent lavés, nos cerveaux, eux, sont parfaitement nettoyés. » page 48

 

En bref : un excellent récit qui, en moins de 100 pages (agrémenté d’illustrations), permet de comprendre l’arrivée du communisme au Cambodge et la dictature Khmer qui a suivi.

 

Je n’avais jamais rien lu sur le sujet, et je suis bien contente que Marie Desplechin ait pris l’initiative, dans un texte jeunesse, de transmettre l’histoire de Sothik Hok, qui dirige aujourd’hui SIPAR, une organisation soutenue par l’association française du même nom, qui a pour mission de développer la lecture au Cambodge, notamment en créant des bibliothèques et en publiant des livres.



05/10/2016
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