Libre-R et associés : Stéphanie - Plaisir de lire

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Lisa Tuttle : Ainsi naissent les fantômes

Ainsi naissent les fantômes de Lisa Tuttle  4/5 (12-08-2014)

 

Ainsi naissent les fantômes (216 pages) est paru le 29 avril 2011 aux Editions Dystopia Workshop. Il est depuis le 27 mai 2014 disponible en format poche aux Editions Folio (320 pages).

 

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L’histoire (éditeur) :

 

 « En 2004, j’ouvrais mon recueil Serpentine sur cette dédicace : À Lisa Tuttle, dont les livres m’ont appris que les plus effrayants des fantômes sont ceux qu’on porte en soi. Ils étaient toujours là, ces fantômes : entre les pages des textes que je découvrais en cherchant la matière qui composerait ce recueil. » 
Mélanie Fazi

 

Mon avis :

 

Très emballée par la quatrième de couverture, je me suis jetée sur ce recueil de nouvelles de Lisa Tuttle et je peux vous dire que chacune a été un vrai plaisir.

Le livre s’ouvre sur une préface de Mélanie Fazi, la traductrice, qui annonce la couleur en vantant les qualités littéraires dans le domaine du fantastique de l’auteure.

« J’ai beau savoir de quelle manière le temps et la nostalgie déforment les souvenirs, je garde au moins une certitude : si je n’avais pas découvert les textes de Lisa Tuttle à l’adolescence, je n’aurais pas suivi le même chemin d’écriture. Ni choisi à dix-sept ans la voie de la nouvelle fantastique, car c’est à Lisa  plus qu’à tout autre que je dois mon amour de ce format. » (Page 9 de l’édition Folio)

« J’aimerais  trouver une formule à la Stephen King pour vous inviter au voyage en tournant cette page ; je ne peux finalement que vous souhaitez de vous perdre dans ces cauchemars singuliers. Puissent ces fantômes-là résonner en vous bien au-delà du dernier mot, tout comme d’autres, il y a plus de quinze ans, l’avaient fait pour moi. » (Page 12)

Tout laisse présager autant de plaisir que de malaise, ou bien même d’angoisse par la suite. Effectivement, cette préface n’a rien d’exagéré je trouve. Toutes les nouvelles qui suivent ont quelque chose de terrifiant et « Ainsi naissent les fantômes » trouve doucement son sens : ainsi naissent les fantômes intérieurs, ceux que l’esprit et l’imagination peuvent créer.

 

Il est donc forcément question de textes sombres et chacun à leur manière entraînent vers l’étrangeté, en détournant le quotidien et le banal vers  quelque chose d’exceptionnel, de fou, d’incertain… J’ai trouvé qu’il avait là quelque chose de la série TV « La quatrième dimension ».

Ces sept nouvelles sont bien amenées et leur chute, parfois glaçante, sont troublante et réussie. Le choix du point de vue et de la narration à la première personne accroît la sensibilité chez le lecteur (sensibilité et sensation différentes à chaque nouvelle).

 

Rêves captifs est l’histoire d’une enfant séquestrée pendant presque quatre mois, qui réussit à s’évader. Cette nouvelle donne le ton. Sans jamais évoquer le sévices, elle fait froid dans le dos. On suit le cheminement de cette enfant vers la liberté, mais quelle liberté ! Les conditions de son évasion sont étranges et personne n’arrive à croire à son histoire.

L’heure en plus : une femme, épouse, mère et salariée s’accorde une heure par jour pour l’écriture de son roman. Cette heure à elle n’est finalement jamais assez, et la stresse plus qu’autre chose dans sa création. Un jour, elle découvre une porte dans le mur de son escalier, donnant  sur un bureau. LE bureau idéal. Elle s’approprie ce lieu secret où le temps semble distendu. Mais ce bonheur clandestin se fait au détriment du couple et de la famille, bien plus qu’elle ne le s’imagine. Voilà un thème qui peut parler à beaucoup : comment concilier toutes ses vies. l'auteure le détourne ici au profit de la création littéraire.

Le remède : voilà une nouvelle de science-fiction  très belle et triste. Il s’agit de l’histoire de deux femmes réunies dans leur amour par la parole et le plaisir des mots, jusqu’au jour où l’une d’elles perd l’usage du langage, comme une bonne partie de la population devenue muette à la suite d’un vaccin « le remède » guérissant tout. Même la parole !

Ma pathologie : quand la narratrice tombe enceinte, pour le plus grand bonheur de son compagnon, elle commence à voir d’étranges phénomènes autour de la maison de celui-ci, alchimiste à ses heures perdues… Cette histoire laisse une drôle d’impression. Le malaise et  le dégoût sont très présents par les thèmes abordés dans cette nouvelle : maternité et renoncement par amour. La tragédie a une ampleur mondiale mais est traitée de façon personnelle, à travers ce couple de femmes.

« Mezzo-tinto » tire un peu plus sur la fantastique (le surnaturel) et l’angoisse avec la présence d’un  tableau mystérieux que découvre Mel un soir, alors qu’il a soit disant toujours été là. Ce tableau, celui d’une étrange  maison, lui rappelle une nouvelle de M. R. James et fait monter l’angoisse chez elle, les doutes et la méfiance envers celui qu’elle aime. Cette nouvelle est trop courte à mon goût et perd un peu de son efficacité, mais l’histoire et bonne et sympathique à lire.

La fiancée du dragon est la nouvelle la plus longue (un peu plus de 70 pages) et tient très bien en haleine. Isobel sait qu’il s’est passé quelque chose les mois passés chez sa tante quand elle avait 12 ans, nourrissant chez elle un malaise et une angoisse constante depuis cette époque.  Quand elle rencontre Fitz, elle gagne un peu en assurance et découvre l’amour.  Son retour chez sa tante en Angleterre lui apportera-t-elle enfin des réponses ? Ce texte joue sur le mystère des évènements passés et l’oppression gagne en intensité  (et en sensualité) à mesure que l’on se rapproche de l’Angleterre (le décor est d’ailleurs très bien dépeint). La fin est plutôt  sans surprise mais l’ensemble reste très bon (surtout si on rappelle la date à laquelle l’auteure a écrit ce texte : 1980, alors que l’auteure débutait)

Le vieux M. Boudreaux est la promesse d’une fille à sa mère. Beaucoup de nostalgie dans cette nouvelle qui met en avant les relations mère-fille, avec une chute pleine de tendresse.

 

Ce recueil m’a beaucoup plu. Il ne devrait pas décevoir les fans de fantastique, et est un très bon moyen de côtoyer le genre pour ceux qui n’ont pas l’habitude. Il permet une bonne approche autant du genre, que de l’auteure (fort talentueuse).  D’autre part, il n’a pas le défaut majeur fait très souvent aux nouvelles. Lisa Tuttle réussit  à donner corps et profondeur à ses intrigues et ses personnages et le nombre de pages ne laisse pas de sensation de manque. Il permet au contraire d’explorer un univers unique avec certainement plus de plaisir.

 

A noter :

Ainsi naissent les fantômes se termine par l’interview de l’auteure par sa traductrice Mélanie Fazi. Elle met en lumière le genèse de ses nouvelles et donne un autre regard sur ces textes. Il a reçu le grand prix de l’imaginaire en 2012.

Lisa Tuttle a écrit une centaine de nouvelles et  une douzaine de romans, dont Elle qui chevauche les tempêtes, en collaboration avec George R-R Martin.



15/08/2014
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