Libre-R et associés : Stéphanie - Plaisir de lire

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Antoine Bello : L'homme qui s'envola

L'homme qui s'envola d’Antoine Bello   4,5/5 (31-05-2017)

 

L'homme qui s'envola (320 pages) est paru le 4 mai 2017 aux Editions Gallimard (Blanche).

 

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L’histoire (éditeur) :

 

Walker a tout pour être heureux. Il dirige une florissante entreprise au Nouveau-Mexique et sa femme, la riche et belle Sarah, lui a donné trois magnifiques enfants. Et pourtant, il ne supporte plus sa vie. Entre sa famille, son entreprise et les contraintes de toutes sortes, son temps lui échappe. Une seule solution : la fuite. Walker va mettre en scène sa mort de façon à ne pas peiner inutilement les siens. 
Malheureusement pour lui, Nick Shepherd, redoutable détective spécialisé dans les disparitions, s’empare de son affaire et se forge la conviction que Walker est encore vivant. S’engage entre les deux hommes une fascinante course-poursuite sur le territoire des États-Unis. En jeu : la liberté, une certaine conception de l’honneur et l’amour de Sarah. 
L’homme qui s’envola, balayé par le grand souffle de l’aventure, est aussi un récit pénétrant sur la fragilité des réussites humaines.

 

Mon avis :

 

Si le thème de l’homme qui s’envola n’a rien d’original, la manière dont Antoine Bello l’aborde et l’exploite lui donne ce quelque chose d’inédit et de crédible qui en font un roman vraiment passionnant.

 

 «  Sa vie était une course qu’il ne pouvait gagner. » page 233

 

L’homme qui s’envola, est John Walker, un homme qui a tout pour être heureux et comblé (une société de service de transport express  qui prospère et lui assure une vie plus que confortable, une épouse aimante et trois superbes enfants de 16, 18 et 12 ans). Mais cette vie parfaite à un prix : du temps.

 

« Walker détestait sa vie. Son temps lui échappait entre Sarah, les enfants et la boite, il n’avait pas une minute à lui. » Page 29

« Pendant quelques années, Walker avait connu la félicité presque parfaite. (…) Les naissances rapprochées d’Andy et Jess puis la mort inopinée de Raymond avait mis à mal ce bel ordonnancement. A trente ans à peine, Walker s’était brusquement trouvé propulsé à la tête d’une entreprise de quatre cents personnes.

Les premiers signes du mal qui finirait par le ronger étaient apparus peu après. » Page 30

 

Walker sent le temps lui filer entre les doigts entre ses obligations familiales, son travail (qu’il n’arrive pas à déléguer), les rendez-vous mondains, la santé déclinante de ses parents et les problèmes récurrents de sa sœur qu’il doit sans cesse gérer, il n’en peut plus.

 « L’argent, Walker s’en foutait. Il en avait plus qu’assez. La vraie richesse, le seul bien qui ne s’achetait pas, c’était le temps. Il s’avait où passait chaque seconde de ce précieux combustible et cherchait constamment des façons d’en tirer un meilleur rendement. (…) Peine perdue. Chaque minute qu’il parvenait à d’égarer était aussitôt dévorée par son entourage. » Page 36

 

La seule solution envisageable pour continuer à vivre : disparaître et refaire sa vie.  Walker n’a pas seulement rêvé cette option, il l’a étudiée, construite et, enfin quand l’opportunité s’offre à lui, il y voit LE signe et choisi de s’envoler.

« Sa tête lui soufflait de rester, son cœur était auprès de sa famille, mais ses tripes avaient décidé pour lui. L’inconnue l’appelait, c’était une question de vie ou de mort. Il préférait vivre avec le remord d’être parti qu’avec le regret d’être resté. » page 68. 

 

L’homme qui s’envola c’est un peu L’homme qui voulait vivre sa vie de Douglas Kennedy, on moins long et plus crédible. Antoine Bello développe ici beaucoup la psychologie du personnage et expose toute l’ambiguïté de la situation. Sans forcément accepter les choix de Walker on est amené ici à les comprendre et à se poser la question : qu’aurions nous fait à sa place (si on avait eu autant de cran que lui ou plus de courage…) ?

 

La première partie expose les raisons et l’états d’esprit du protagoniste permettant de comprendre ce choix terrible de l’abandon pour la survie, ce besoin viscérale de tout lâcher (y compris ses enfants pour qui on est prêt à s’sacrifier sa vie…). La seconde, multi-voix, se lit comme une enquête qui déplace l’empathie pour Walker vers des sentiments plus confus.

On est ainsi confronté à la douleur de Sarah, son épouse depuis 19 ans, qui doit gérer le chagrin de leurs trois enfants (et là on ne le plaint plus beaucoup ce Walker !!!) et à l’obstination de Nick Shepherd, un skip tracer embauché afin d’établir de façon irréfutable la mort de Walker et de débloquer la considérable assurance de 30 millions. Cette partie se vit de façon plus tendue, partagé entre une certaine forme de rancune pour Walker, qu’on en veut d’avoir fui et abandonné égoïstement les siens, et malgré tout inquiet qu’il puisse être attrapé par ce Shepherd qui donne l’impression d’en vouloir à sa peau…

 

L’homme qui s’envola   a joué avec mes émotions et mes ressentis. J’ai été constamment ballotée entre le sentiment de voir Walker réussir et celui de voir la vérité éclater.

La bataille psychologique qui s’en suit à la mesure du jeu du chat et de la souris que mènent les deux hommes. Le duel coriace que Walker et Shepherd entretiennent est palpitant et réoriente l’intrigue vers de nouveaux enjeux (le bon et le mauvais sont difficiles à positionner).

 

« J’aime mes enfants de toutes mes forces. Je ne cherche pas d’excuses. Il fallait que je parte. Il en allait de ma santé mentale, de ma peu même. Mais je me déteste pour la souffrance que j’ai causée. » page 125

« J’ai longtemps cru que je risquais plus gros que Shepherd, j’avais tort. J’ai dit adieu à ma famille, à mon travail, à mon argent ; je n’ai plus de papiers, pas de toit, pas de voiture ; je ne suis pas libre de mes mouvements.

Je n’ai plus rien à perdre – j’ai déjà tout perdu » page 278

 

Antoine Bello assure à tous les niveaux avec ce titre. Truffé de détails pertinents (jusqu’au nom des personnages), jouant à merveille avec le suspens, distillant par petites touches quelques drôleries (la traque d’halloween est mémorable) qui relâchent un peu la tension, exposant une excellent réflexion sur ce qu’est le bonheur, la rançon de la réussite et sur la liberté  (sans jamais porter de jugement sur l’un ou l’autre des protagonistes)  et soignant la psychologie de son personnage principal, L’homme qui s’envola est roman intense et cohérent qui se lit comme un polar aux multiples rebondissements, palpitant et intelligent.

 

 



07/06/2017
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