Libre-R et associés : Stéphanie - Plaisir de lire

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Anthony Breznican : Brutes

Brutes d’Anthony Breznican    3,5/5 (18-07-2015)

 

Brutes (546 pages) sort le 20 Août 2015 aux Editions Denoël  dans la collection Denoël & d’ailleurs (traduction : Mathilde Tamae-Bouhon).

 

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L’histoire (éditeur) :

 

Pittsburgh, années 1990. Saint-Mike est un lycée catholique en perdition. Sa réputation désastreuse l’a transformé en décharge à délinquants et le corps enseignant a depuis longtemps baissé les bras, préférant fermer les yeux sur les agissements de certains élèves qui se livrent à un bizutage sans merci sur les plus jeunes. C’est au milieu de cet enfer que Peter Davidek fait son entrée en première année. Il se lie avec Noah Stein, un garçon plein de ressources portant une mystérieuse cicatrice au visage, et la belle et fragile Lorelei, qui rêve d’entrer dans le clan très fermé des filles populaires. À trois, auront-ils une chance de survivre à ce système scolaire cruel où l’on entre innocent et dont on ressort en ayant fait de l’intimidation et de la brutalité un mode de vie ?

 

Mon avis :

 

Après un prologue très visuel décrivant un élève tourmenté sur le toit de l’école en plein « pétage de plombs »  après d’incessantes intimidations et moqueries de ses camarades, Anthony Breznican   nous entraîne une année dans la vie d’un collège privé catholique de Pittsburg.

Le ton grotesque donné à ce début m’a beaucoup déplu. Il casse la gravité de la situation alors que l’histoire qui suit ne cesse de nous y replonger. Ce simulacre de fausse situation comique m’a franchement laissée perplexe quant à la suite des événements, qui n’ont au final pas grand-chose de drôle. J’ai eu peur que l’auteur se lance dans un récit grave de harcèlement scolaire extrême sur le ton de la dérision, ce qui en soit n’est pas forcément mauvais mais surtout loin de ce que je recherchais dans ce livre.

Ce n’est finalement pas le cas (heureusement !), car le comique laisse doucement (très doucement) sa place au malaise. Et même si certains passage par la suite peuvent faire sourire (l’humour noir trouve bien sa place), une fois plongé dans le vif du sujet, un nouveau problème est venu se poser : le nombre de personnages. J’ai eu un peu de mal à situer tout le monde et à m’y retrouver. Mais petit à petit, j’ai appris à cerner chacun d’entre eux (déceler les bons des moins bons, les premières des dernières années) et l’histoire à filer alors à toute allure.

 

Sans en avoir l’air, Anthony Breznican   nous fait entrer dans la vie de certains personnages. Il nous projette dans leur famille et leur histoire, imposant une gravité supplémentaire aux situations  qui deviennent encore plus dures et rendent mal à l’aise..

Brutes est l’histoire de trois nouveaux élèves de premières année. Lorelei Paskal s’est retrouvée seule et isolée après que sa meilleure amie l’ait lâchée et est devenue la cible de moqueries depuis le grave accident de sa mère (la laissant handicapée), alors elle tient absolument à être acceptée dans ce nouvel établissement. Peter Davidek, 14 ans, est forcé d’intégrer Saint Mike à cause de sa mère qui voit en ce collège privé le meilleur moyen de se mettre en avant devant se copines de bridge (contrairement à son père qui ne comprend pas l’intérêt de payer pour être scolarisé alors qu’il paye déjà des impôts). Et Noah Stein, un jeune garçon physiquement marqué au visage qui cache un très lourd passé familiale.

Ces trois-là vont très vite s’unir et tenter de faire face, chacun à sa manière, au traditionnel bizutage. Devenu une institution, cette pratique est ici poussée à l’extrême d’année en année (l’esprit de vengeance et de revanche conduisant à faire toujours plus) et radicalisé en même temps que la population d’élèves s’est vu grossir de jeunes exclus du public pour violence, drogue et petite délinquance.

« Tous les dernières année se sont fait décapiter quand ils étaient à notre place, et ça leur est resté en travers de la gorge. Alors maintenant ils se vengent, expliqua JayArr. Mon frère et se potes se sont fait piétiner toutes l’année. Puis il est venu le grand final – ce pique-nique, tellement horrible qu’ils l’organisent dans un parc à l’écart du campus, pour que St Mike ne se prenne pas un procès ou un truc du genre. Les profs font semblant de ne pas voir. » Page 87

Dans les faits, l’année des nouveaux se traduit par violence, méchanceté gratuite, vol, intimidation, trahison et humiliations, bercée par le laisser-faire d’un personnel inefficace et même défaillant.

 

La lecture de la première partie de Brutes a été assez difficile. Trop de personnages, trop de coups- bas, de violence et une intrigue qui n’avance guère et tourne en rond. Je n’arrivais pas à trouver quelque chose de plaisant dedans. Mais peu à peu, j’ai accroché aux personnages, je me suis prise d’affection pour certains, j’ai été touchée par leur histoire (qui se dessine vraiment doucement). Hannah, Noah, Peter et Lorelei valent la peine qu’on s’accroche. Ils se révèlent autant victime de leurs camarades que de leur passé familiale très lourd à porter.

J’ai su apprécier la complexité des protagonistes qui les rend intéressants et apporte quelques nuances à la construction manichéenne du livre. La violence et les coups bas passent en second plan, la survie s’impose et pas qu’au niveau scolaire.

Il est donc question d’apprentissage (de personnalités obligées de se forger) dans ce roman sombre et brutal où la question de la tolérance face à ce genre de pratique se pose indiscutablement.

 

En bref : après un début plutôt laborieux, j’ai trouvé Brutes réaliste, inquiétant et surprenant grâce à ses forts protagonistes bien mis en lumière.

 

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29/07/2015
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